AU XVIII* SIÈCLE
Adorable farceur ,
Lorsque ta main traça , sur une table d'hôte , L'évangile du ventre et celui de l'orgueil.
236 AU XYIII** SIÈCLE,
Eh bien! chacun de nous s'est fait sa propre idole ; Nous avons oublié , croyants de ton symbole , Pour celle du dîner la cloche du Saint Lieu. Notre esprit s'est moqué de la nuit du mystère ; La déesse Raison a régné sur la terre , Et, pour lui faire place , on a délogé Dieu!
Quel sourire mocpieur ce nom de Dieu provoque ! Mathieu Garot instruit et gouverne l'époque ; C'est à lui maintenant qu'il faut se confier. Le temple d'autrefois était plein d'imposture; Il n'est plus qu'un autel , celui de la Nature , Et c'est là seulement qu'il faut sacrifier.
Pour défendre son culte, aux feux de l'incendie, Nous avons, en sabots, joué la tragédie. Un sabre dissipa ces jeux désobligeants ; Et, passé le péril , tout se mit en goguette:
AU XVI II"^ SIIXLE. l'T
Chacun recommença de boiie ii sa « Lisette » , Kt (le remercier « le Dieu des bonnes j^ens ».
A ces tristes écarts les croyants firent grâce. Du sang qui la souillait débarbouillant ta lace, Nous t'avons de nouveau replacé sur Tau tel. Enrôlés sous ton nom , tous les dupeurs d'oreilles Suspendaient l'univers au bruit de tes merveilles , Kt ton règne ici-bas semblait être innnortel.
Le blasphème élégant égayait toutes choses, Et déridait le front des Mécènes moroses. Horace , en habit noir d'un ruban constellé , Voyait couler le vin et les femmes sourire ; Et, quoique la routine enfin en ait pu dire , Le monde à peu de frais se trouvait consolé.
Mais la tempête encore a délié son outre : Le tapage d'Eole en casquette de loutre
'i38 AU XVIII'- SIÈCLE.
Impose le silence aux refrains du Caveau. Ce qui tourne à la broche est encore en litige ; Pour partager le rôt comme la loi l'exige , La blouse à l'habit noir impose son couteau.
Le sophiste repu maudit le mauvais drille;
Le bourgeois libertin pleure sur la famille ;
Le grand voleur commence à trembler du petit ;
La panse par la panse hélas ! est menacée ;
Autour de la marmite à demi renversée ,
La crainte de la diète a tué l'appétit.
0 Dieu des esprits forts , Dieu des muses légères , Le vent du doute aussi passe sur tes mystères ! Ton étoile pâlit , et ton ciel tourne au noir. Momus reste muet , Cupidon est de glace , Les Ris sont abattus, Bacchus fait la grimace, Et trouve dans sa coupe une odeur d'abattoir.
AU XV1II« SIECLE. a->9
Le monde t'a choyé , tant que tu l'as fait rire; Mais il voit maintenant où tu vas le conduire , Cocher de corbillard sous l'habit d'Arlequin. Après ton char à banc caboté dans la boue. Déjà l'on n'entend plus d'autre voix qui te loue Oue le rebut d'alcôve ou du pays latin.
Tombés de chez d'Holbach dans le bouge insalubre , Tes grelots agités n'ont plus qu'un son lugubre ; Ton masque s'est ouvert par la sueur du bal ; Tu bois le dernier coup de ton vin de campêche , Ta chandelle s'épuise et brûle la bobèche , Et l'éternelle nuit attend ton carnaval !
k BASQUE
COURTIEU DE VIEUX MEUBLES ET MARCHAND d'ODJETS d'aHT *.
On m'a dit que quelqu'un t'avait monté la tète Sur la mauvaise odeur du nom de Proxénète , Et que l'on t'a fait voir une horreur dans ce mot : Le tour est d'un méchant, d'un farceur ou d'un sol.
* Voir les TraditionneUes , p. 303.
243 A liASQUK.
Quoique plein de raison , ton esprit sans culture Connaît peu les secrets de la littérature ,' Et, partant, ne saurait jamais s'imaginer Qu'un mot d'un sens scabreux puisse se détourner. Par le ton général qui règne dans l'ouvrage, Et par ce qu'il reçoit de tout son entourage. Alors comment sortir de l'étrange embarras De me justifier d'un crime qui n'est pas ?
Crois-moi , je n'aurais point flâné dans ta boutique ,
Si je ne l'avais sue honorable et pudique ;
Car, afin de tromper des moments ennuyeux.
J'ai souvent visité ton bazar curieux.
J'ai fait sur chaque objet d'indolentes études ,
Vu ce que la fortune a de vicissitudes.
Et , de la crémaillère au casque du héros ,
Ecouté par l'esprit tous les muets propos.
Non , tes profits n'ont point de source criminelle. Nul ne sait mieux que moi quelle est ta clientèle: