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LE MOMENT

tout: va-t-elle le laisser échapper?... Malheureusement je ne crois pas beaucoup en elle. Je ne crois pas aux Assemblées. Je suis de l'avis de madame Roland, qui, toute républicaine qu'elle fût, les a souffletées, les Assemblées, quand elle a dit : « Lorsque les hommes sont réunis, leurs oreilles s'allongent. » En toutes choses, en politique, en littérature, en art, en guerre, il n'y a que des grands hommes, auxquels toutes les assemblées du genre humain, quand ils manquent, ne suppléeraient pas. D'ailleurs, si la majorité conservatrice de l'Assemblée avait senti en elle quelque chose de ce génie de gouvernement, de cette instantanéité dans X action nécessaire qu'ont eue rarement, mais qu'ont eue quelquefois pourtant des Sénats ou des Assemblées, — est-ce qu'elle aurait attendu jusqu'à ce moment pour agir? Est-ce qu'elle ne devait pas, dès l'élection Barodet, être tombée comme la foudre à Versailles? Est-ce que le tocsin de cette élection, que voici suivi de bien d'autres tocsins, ne devait pas l'y soutirer avec la force du plus redoutable de tous les dangers?... Est-ce qu'elle aurait dû attendre une convocation légale qu'elle savait bien qui ne viendrait pas? Est-ce qu'elle n'aurait pas pris une initiative? Est-ce qu'elle n'aurait pas fait ce que la Convention savait faire quand la

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patrie était en danger? Est-ce que la peur des braves qui les réunit quand la peur des lâches les disperse, n'aurait pas dû l'arracher à la province et reprendre sa souveraineté, et tout cela même sans illégalité et sans risque, puisque enfin M. Thiers est son mandataire, et qu'elle est, elle ! la Souveraineté !

Elle ne l'a pas fait. Elle est restée tranquille, — tranquille, non ! Epouvantée peut-être, mais d'une épouvante inféconde, — de cette peur froide qui ôte le cœur et à laquelle les anciens, pour qu'elle ne s'abattît pas sur leurs cœurs, dressaient des autels! Carily a deux épouvantes : l'une qui n'agit pas, aux bras rompus, aux vertèbres dissoutes, et l'autre qui saute sur ses armes, et cette épouvante-là, je la souhaite à la France; car peut-être le meilleur moyen de la sauver à l'heure où nous sommes, c'est de lui faire peur ! et honte aussi!

Oui! honte aussi... Car la voilà, la France, en proie plus que jamais à la vermine de la Démocratie, dont nous nous sommes cru imbécilement guéris après la Commune, et qui repousse, comme si ce mal honteux était incurable. La

LE MOMENT ISo

France est présentement le lion du poète, mangé par la vermine. Elle a cette effroyable maladie pédiculaire qu'ont les peuples corrompus aussi bien que les hommes. Les poux de la Démocratie la dévorent. On n'a pas su les écraser. Depuis la Commune, les hideuses petites bêles ont repullulé. Elles viennent de se remontrer en ces élections folles, qui en présagent encore de plus folles et dans lesquelles toute cette vermine qui ronge la France lui sortira par tous les pores!

Et c'est le moment de l'écraser, si nous ne voulons pas être mangés complètement par elle. Ah! certes! moi qui crois plus aux hommes qu'aux Assemblées, je regrette bien que M. Thiers, dans cette crise suprême où nous voici, n'ait pas l'ongle qu'il faut pour l'écraser. Mais la France, la France représentée par l'Assemblée, ne le retrouvera-t-elle pas. cet ongle de lion qu'elle avait autrefois? Ne le promènera-t-elle pas sur cette vermine qui infecte ses lianes pour s'en nettoyer et la faire tomber morte à ses pieds, sous cet ongle purificateur et terrible?... Pauvre France! ne serait-elle le lion du poète que par sa vermine?

Serait-ce donc maintenant sa seule manière d'être lion?...

15 mai 1*7::.

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