LES PÈLERINAGES
plus ridicule que Jésus lui-même, aux yeux pervertis et sacrilèges de Voltaire, qui a été salué, acclamé, invoqué par ces masses d'hommes qui priaient pour la France et avaient raison de prier le Cœur de Jésus de leur donner du cœur pour elle; car, après les malheurs et les lâchetés dont nous avons été coupables, ce dont nous avons le plus besoin, c'est de cœur!
Rien donc de plus en situation, — de plus chrétien,— de plus français, que ces pèlerinages qui nous font rentrer, du même coup, et dans la foi de nos pères et dans le sillon de notre Histoire. En redevenant chrétiens, nous redevenons plus profondément français. A Paray-le-Monial , nous avons prié le Dieu de sainte Clotilde de nous accorder des Tolbiac, et nous ne les avons pas attendus, comme Clovis, pour nous convertir. Nous avons là, comme au Moyen Age, fait précéder par des pèlerinages nos croisades futures ; car pas de doute, pour tous ceux qui savent voir de loin, qu'on ne soit obligé, un de ces jours, de défendre cette Croix que l'athéisme croyait
abattue, qui n'était qu'humiliée et que nous venons de relever.
Tout le dit, tout l'annonce aux esprits attentifs. Les niais croyaient l'ère des questions religieuses finie, mais le Christianisme donné, les luttes religieuses doivent être éternelles ; car l'essence de la vérité c'est de faire se révolter l'erreur contre elle. Elle peut la punir, mais non la supprimer I Cet abominable phénix renaît toujours. Est-ce que, dans ce temps impudent et étourdi, qui s'est si fort vanté de sa tolérance et de sa civilisation européenne, on aurait prévu, il y a dix ans, parmi les imbécilles du progrès, que Bismarck, ce mandarin chinois de Prusse, persécuterait le catholicisme aussi férocement que tous les persécuteurs que ce soit ? Est-ce qu'en France on aurait cru, il y a quelques dizaines d'années, que l'homme des Révolutionnaires serait, pour ces sycophantes de liberté, précisément ce même Bismarck, et par la raison qu'il est le persécuteur du catholisisme et l'ennemi de Rome ? Non ! certes ! on ne l'aurait pas cru. Le fanatisme religieux faisait sourire les sages et le revoici qui se montre à nouveau ; car les athées sont, à leur manière, des fanatiques religieux. Allez ! ce n'est pas nous seuls qui faisons du Moyen Age avec nos pèlerinages ! Ils en
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font aussi, les athées de France et les prussiens, avec leurs haines et leurs persécutions actuelles. Pour nous comme pour eux, il n'y a, — et qu'on le sache bien! — il n'y aura jamais en Europe, comme au Moyen Age, que des romains et des
albigeois.
26 juin 1873.
A MONSIEUR DE GASTYNE