QUE SON FAUTEUIL
« Mais alors, il n'y entre pas... » Pardon ! et très bien ! mais à l'Académie. Il n'y a qu'à l'Académie qu'on viole la loi mathématique « que le contenant est toujours plus grand que le contenu ». Il n'y a que dans cet antique gardemeuble d'Académie qu'on puisse contempler des hommes plus grands que leurs fauteuils, mais qui, par un curieux phénomène, se rapetissent jusqu'à pouvoir y tenir !
Cela s'est vu depuis longtemps et cela se voit toujours. Que d'hommes qui n'auraient jamais dû s'asseoir dans les fauteuils de l'Académie, et qui s'y sont assis, sans même faire crier leurs bras vermoulus !... Le caoutchouc n'est pas plus
souple... Nous y avons vu Lamartine. Hugo, de Vigny, toute cette phalange intrépide qui avait levé le bouclier contre la littérature que représentait l'Académie, et même, plus tard, nous y vîmes l'élégant de Musset, avec cet affreux frac vertàpalmes jaunâtres, qui paya, lui, pour tous les autres, et à qui M. Mole, de son doigt de pédant, allongea les oreilles, comme à un écolier coupable, dans son discours de réception ! C'est que, dans ces fauteuils-là, on ne s'assied pas comme dans les autres fauteuils. C'est par les genoux qu'on y entre. Il y a toujours assez de place pour y mettre les deux genoux...
Aujourd'hui, c'est M. Maxime Du Camp!
M. Maxime Du Camp, l'homme le moins fait par son genre de talent, par ses idées, par sa fierté, pour aspirera cet honneur sénile de l'Académie ! M. Maxime Du Camp, le plus engagé des écrivains contre elle; car il a dit de l'Académie, dans ses livres, de ces paroles qui sont des choses, — et des choses mortelles! — et il n'en est pas moins descendu de la hauteur de ce mépris qu'il a fait justement tomber sur l'Académie, pour aller