UN HOMME PLUS GRAND OLE SON FAUTEUIL
Mais pour des raisons bien plus hautes même que son talent, il est immortel, et non pas à la façon d'une Académie. Il Test à la façon d'un homme qui a eu dans Tordre du temps l'héroïque initiative d'écrire l'histoire qu'il a écrite, le 'premier de tous et à la première heure, les pieds et la main encore dans les flammes de cette histoire qui, désormais, dans le souvenir des hommes, ne s'éteindra plus !
Il est le premier, — et parce qu'il est le premier, il a l'immortalité de la première place. Tous les autres qui viendront après lui pourront l'imiter, le recommencer, le modifier, l'expliquer, le réfuter même. Mais tous dépendront de lui, ressortiront de lui, ne pourront se passer de lui, même pour dire autrement que lui. Il faut que ceux qui sont contre lui comptent avec lui. Il est le premier. Il est la source. Il est la source de tous les récits qui vont suivre. Les flots peuvent se révolter et remonter contre leur source. Ils ne la dévorent pas. Elle reste la source, — la source éternelle! Certes! c'est là un immense bonheur pour un historien d'écrire le premier une
~21H DKRNILRES POLÉMIQUES
histoire qui n'existait pas hier, comme M. Du Camp a écrit la sienne quand tout en brûlait et en fumait encore... Pour un historien, il n'y a pas de bonheur plus grand. Je ne parle pas de l'intrépidité de l'historien qui a égalé le courage des plus intrépides, quand il a osé écrire cette histoire terrible sous les cent mille fusils qui l'ajustent déjà, en attendant l'heure de tirer, qu'avec son coup d'œil d'historien il doit voir venir ! Je ne parle pas de la bravoure ni du talent de cette histoire. Il y a dans les choses humaines beaucoup de bravoure et de talent perdus, et si ce n'est pas la gloire de l'homme, c'est la gloire de Dieu ! Mais ce qui ne sera pas perdu pour l'historien delà Commune, c'est dans un récit nécessaire dont l'humanité ne pouvait se passer, d'être arrivé à temps, comme on arrive à temps dans la bataille et du môme coup dans la victoire et l'immortalité! Si noussommes destinés à continuer la monstrueuse histoire dont les premières vêpres ont été chantées, tout le pétrole des millions d'Omars qui brûleront les bibliothèques ne brûleront pas l'histoire qui parle par la bouche (on ne nous enlèvera pas celle-là!), et cette bouche, n'y en eût-il qu'une seule, n'oubliera pas le nom du premier historien de la Commune et dira le nom de Du Camp, que ses ennemis, qui