LE PUITS ARTÉSIEN DES PETITS PAPIERS
dune correspondance amoureuse publiée même longtemps après la mort de ceux qui l'écrivirent, et dans laquelle des chacals déterreurs comptent sur quelque régal de pourriture ! Mais, ce que je vois, c'est tout le monde, intéressé à ne pas souffrir ces déterrements! Eux, madame Sand et Alfred de Musset, vont payer leur gloire et les hontes publiques, quand elle en eut, de leur renommée. Ni l'une ni l'autre n'ont jamais eu la discrétion des fautes de leur vie. Célèbres tous deux de leur vivant, ils furent aussi fiers de la célébrité de leurs amours que de la célébrité de leurs œuvres. Ils ne se cachaient pas de s'appartenir. Toute la terre le savait. Ils avaient le faste de leur coupable liaison. L'amant se vantait de sa maîtresse et la maîtresse de son amant, dans un temps où les livres mêmes de cette femme, qui avait laissé là son mari, proclamaient la légitimité de l'adultère ! Plus tard, après le faste de l'amour, il y eut l'éclat de la rupture, et pour y ajouter, la femme, toujours plus mauvaise que l'homme quand elle est mauvaise, écrivit son affreux livre à'Elle et Lui, qui faisait pis que de dire tout, en ne disant pas tout... Certes! ce qu'on trouvera dans la correspondance qu'on veut exhumer (à part quelques détails d'alcôve peut-être), n'apprendra pas beaucoup de choses
qu'on ignore. Le monde est fixé sur ces deux grands désordonnés de la vie. Mais si la publication des correspondances ensevelies dans le secret des familles passait dans nos mœurs, pour déshonorer la mémoire d'êtres qui se sont peutêtre purifies clans d'obscurs repentirs et qui n'ont pas eu le cœur de brûler d'imprudentes et folles lettres, ce serait de toutes les corruptions la plus criminelle, et elle atteindrait le cœur de ces familles et l'honneur même de la société.
Et n'allez pas croire que ce soit là une hypothèse ! Cette corruption-là est très tentante pour notre siècle corrompu. Il n'y a pas que le génie et le talent qui puissent faire envie dans cette misérable société qui n'a plus d'autre sentiment vivant dans le bas-fond de ses entrailles. Les premiers venus, allez ! ont leurs envieux et leurs curieux, qui voudraient, pour en abuser, percer le mystère de leur vie. Pour ma part, j'ai connu un de ces curieux malfaisants. Je n'écrirai pas son nom ici, mais je l'ai connu. Sous prétexte d'autographes (la manie du temps si facilement coupable), il ramassait des lettres de n'importe qui partout où il en pouvait dénicher et il en tenait sous clef, pour l'occasion, tout un magasin formidable. « Ce sont des dossiers que j'ai sur des gens qui ne s'en doutent pas », disait-il