LE PUITS ARTÉSIEN DES PETITS PAPIERS
parfois avec rire, et c'est ainsi qu'il se créait des correspondances à publier après la mort, comme on va publier aujourd'hui, si on n'y met ordre, celle de madame Sand et du malheureux Alfred de Musset.
Eh bien, je dis que c'est là un danger public ! Je dis que c'est là une immoralité profonde et très en harmonie, du reste, avec toutes les immoralités de ce temps. Il est hors de doute, en effet, que nous nous dégradons de plus en plus, que nous nous abaissons et descendons jusqu'aux sentiments les plus canailles, et certainement s'il fut un sentiment qui mérite cet horrible nom, c'est la curiosité, — cette habitude de valet, — la curiosité de ce que l'homme cache avec le plus de soin, la curiosité de son vice. Or cette curiosité malsaine n'a jamais été poussée aussi loin que dans cette époque, où, ne vous y trompez pas! parmi les choses qui l'ont excitée, les plus coupables sont les journaux. Ah! les journaux sont coupables de tant de choses. N'ont-ils pas inventé le reportage? Le reportage qui nous fait écouter aux portes, quand nous ne pouvons
pas nous les faire ouvrir. Cette chose d'hier, le reportage, dont nul journal ne serait assez hardi pour aujourd'hui se passer, a développé énormément, en l'alimentant, cette fringale de curiosité qui nous dévore et qui nous porte à extraire, par exemple, d'une poussière de vingt-cinq ans, des correspondances ensevelies, si elles nous promettent encore un regain de vieux scandales. Alors ces journaux s'émeuvent de ces correspondances et ils les annoncent. Mais n'en doutez pas ! ils seraient eux-mêmes très capables de les publier dans leurs feuilles, si pareilles correspondances pouvaient jamais courir la chance de ne pas trouver d'éditeur.
Et l'opinion et l'indignation de M. Wolfî ne pèseraient pas plus que cela dans le Figaro. Il en serait pour ses frais et le Figaro ferait les siens !
8 janvier 1881.