‹ Dernières polémiquesChapitre 47 sur 59 · LES MOUTONS DE PANURGE DU CRIME · texte numérisé non relu

LES MOUTONS DE PANURGE DU CRIME

myope humanitaire n'en a prévu ni la lâcheté, ni l'horreur, ni la facilité. Il faut bien le dire, à part les lois révolutionnaires, qui furent des lois d'exception, la législation formulée dans nos Godes et dont on a fait trop d'honneur à Napoléon, est la fille du xvme siècle, — de ce siècle immoral et philanthrope, qui croyait, comme son coryphée Rousseau, que l'homme naît bon et que la société le déprave, et qui a produit Beccaria. C'était alors fini des mœurs sévères, qui font la gloire des peuples forts, et des législations sévères et des grands criminalistes du passé. Même la mollesse de la nouvelle législation sans force qui succédait à des législations vigoureuses, fut encore trouvée trop dure pour la mollesse des peuples énervés et affaiblis. Ce n'est pas seulement l'abolition de la peine de mort qui est actuellement demandée par des niais en nature humaine, mais toute une législation d'indulgence et de pitié pour les coupables, qui doit effroyablement les multiplier. Et dans cette disposition générale des esprits, rien d'étonnant qu'on se soit trouvé surpris et désarmé en face de crimes nouveaux, sur la possibilité desquels le législateur, dupe d'une fausse philosophie, n'avait pas étendu sa prévoyance, et l'assassinat (car c'est bien u\\ assassinat) par le vitriol en est un !

Il a épouvanté une minute par son atrocité physique... Mais les peuples qui ne croient qu'à la mort, et qui, pour celte raison, répugnent à la donner, ne voient pas l'atrocité morale qui constitue vraiment le crime et le fait plus grand, et pour cette raison, le moment de l'horreur est bientôt passé. Ce n'est qu'une sensation ! Ceci, du reste, explique très bien l'indulgence des criminalistes modernes et des Codes, qui deviendront certainement, avant peu, des pourrissoirs publics, faisant eux-mêmes la besogne qu'ils devraient toujours rendre impossible... Dans un siècle comme le noire, sceptique, superficiel et sans moralité d'aucune sorte, on ne réfléchit pas assez sur la profondeur de lâcheté qu'il faut à une âme pour inventer un crime pire que la mort et qui peut la donner, et qui ne sera pas puni de mort, quoiqu'il la mérite. Les autres assassinats, si on réussit à assassiner, ont cela de certain que qui les ose les payera de sa tèle, et il y a un affreux courage — mais enfin il y a un courage — à courir cette chance et à la braver.

Mais, dans l'assassinat par le vitriol, dans l'assassinat par défiguration, on a dix chances contre une que la peine de mort ne sera pas appliquée (et depuis qu'on joue du vitriol comme du revolver, elle ne l'a pas été), et que la ven-

LE> MOUTONS DE l'ANURGE DU CRIME

geance ne sera pas achetée au prix coûteux de la vie. Voilà pour la lâcheté, l'ignominieuse lâcheté ! De plus, la profondeur de la lâcheté ellemême, dans un pareil crime, n'a d'égale que la bassesse qu'il faut pour s'y résoudre et l'accomplir. Quoiqu'une législation bien faite ne doive jamais admettre comme atténuation la vengeance, cependant, il y a des vengeances qui gardent, en s'accomplissant, un reste de générosité et de noblesse. Au xvi° siècle, par exemple, dans ce temps où les passions avaient encore un peu de la grandeur des siècles chevaleresques du Moyen Age. une femme avait l'énergie de tuer son mari infidèle d'un coup de poignard, mais elle ne lui défigurait pas avec du vitriol sa maitresse ! Ceci est un crime des misérables temps actuels. Et l'amour maternel, donné, dans un procès récent et célèbre, à ce crime pour motif, l'amour maternel qui ne veut pas que jamais la maîtresse du mari devienne la belle-mère des enfants, n'aurait point relevé un pareil crime. Il aurait été regardé comme indigne d'une femme qui a du sang aristocratique dans les veines et de l'élévation dans le cœur, tandis qu'à présent, il a été absous ! L'époque s'y est reconnue. C'est là, en effet, un crime bas, démocratique <d goujat... Quant à la cruauté que suppose l'assassi-

nat au vitriol, qui peut la nier ?... Elle révolte même les imbéciles qui s'apitoient sur les coupables. Ce n'est plus un assassinat, c'est une torture, dans laquelle le tortionnaire se joint au bourreau !

Eh bien, le croira-t-on ? ce crime odieux et lâche n'est pas puni!... C'est une mauvaise plaisanterie que la punition dont on le frappe. On a condamné à mort Billoir, et à juste titre, mais, selon moi, il est moins lâchement coupable que la femme qui s'embusque dans un coin pour jeter du vitriol à la tête d'un homme, ou que l'homme, plus lâche que la femme, puisqu'il devrait être plus brave, qui jette du vitriol à la tète de sa maîtresse, parce qu'elle ne veut plus de lui. Billoir tuait la sienne et il la coupait en morceaux après l'avoir tuée, pour cacher son crime ; mais il fallait encore pour cela une certaine vigueur de muscles et d'àme réprouvée. < >r. en France, le plus grand crime est la lâcheté ! el les lâches, femmes et hommes, qui tirent au vitriol dans la figure, sachant bien que ceux qu'ils aveuglent ne se défendront pas, méritent vraiment plus que le coup de guillotine qui n'est qu'une chiquenaude sur le cou. — disait le matérialiste Danton.

Page 1