TOUT EST PERDU... FORS LHUNNEUR
des monarchies, il faut que ce soit fors l 'honneur ! dans l'Histoire ! Si le pouvoir monarchique doit un jour tomber, comme tant de choses qui tombent, il faut au moins que la Souveraineté n'y soit jamais, jamais déshonorée ! Alexandre II, gloire à lui ! n'a pas voulu qu'elle le fût ! et il s'est sacrifié pour elle. .
Rien de plus beau. Or, l'Histoire a son esthétique aussi. Elle a sa beauté qui semble inutile à ces myopes qu'on appelle des utilitaires, et qui est nécessaire pour que l'esprit humain ne s'écroule pas et reste ce qu'il est. Les causes perdues gagnent toujours leur procès devant l'Histoire, si elles ont tini avec honneur... Rien n'est plus beau que la cause perdue des Stuart après Culloden. Jamais drapeau n'a été plus glorieusement enterré que le drapeau de la Vendée, dans les plis duquel Larochejacquelein s'entortilla pour aller mourir le cœur sur la bouche même du canon (jui le tua! A Waterloo, qui fut sa fin, Napoléon retrouva sa gloire et ses soldats vaincus s'y couronnèrent, a dit un poète, « de cyprès plus beaux que des lauriers ! » Les causes per-
dues et mortes jettent plus de flammes dans l'Histoire que les causes qui ont triomphé. Elles y restent éternellement honorées, parce que c'est pour leur honneur, non pour le succès, qu'elles ont péri. Alexandre II y représentera aussi une cause qui pourrait bien être perdue... la cause de la Souveraineté, ce principe divin, dans son unité et son essence, de toute monarchie, et il est mort pour cette cause comme jamais aucun n'est mort pour la sienne. Tous se sont engloutis dans le moment môme de leur défaite; mais sa mort, à lui, a duré des années, — depuis le premier assassinat manqué sur sa personne jusqu'au dernier, qui a réussi ! Il était mort, et il se sentait mort, et la chose dans sa grande àme était accomplie, et du fond de cette mort, qu'il tenait aussi certaine que si elle était venue, il a continué intrépidement de régner! Son martyre a été plus long que le martyre du Temple, mais il n'a fait, lui, aucune concession à la Révolution qui l'avait condamné dans une de ses Conventions lâchement anonymes et secrètes, en attendant ses Conventions au grand jour.
Il n'avait souffert aucun bonnet rouge sur sa tête, comme ce saint Louis XVI, qui en souffrit un, en pensant, sans doute, à la couronne d'épines de No tre-Seigneur Jésus-Christ. C'étaitJbien