DE LA RÉPUBLIQUE
Un jour, dans cette admirable guerre de Vendée que Napoléon, qui s'y connaissait, appelait « une guerre de géants », le général Forestier, entre deux engagements, surprit dans un cabaret quelques grenadiers de la République, attardés là comme ils se seraient attardés sur le champ de bataille, — cet autre cabaret où l'on boit du feu ! Or, parmi ces grenadiers de la République qui se sauvèrent tous à l'approche de Forestier, trop en force pour qu'ils pussent résister, il y en eut un qui ne se sauva pas et qui resta la tête dans sa main et le coude sur la table, devant son verre à moitié vidé. Forestier
alla à lui, le sabre haut : « Crie vive le Roi ! ou meurs! » lui dit-il. Mais le grenadier ne bougea pas, — et gardant sa nonchalante attitude, qui devint sublime : « Tue-moi, — répondit-il au général royaliste, — mais ne me fais pas souffrir !»
Eh bien, c'est ce que nous disons maintenant à la République : « Tue-nous, mais ne nous fais pas souffrir ! »
Forestier était un héros : « Va te faire tuer par un autre! » dit-il au grenadier intrépide. Mais la République, qui n'est pas une héroïne, la République qui nous tient et qui ne nous lâchera pas, — de sa propre volonté du moins, — se contente de nous faire souffrir.
Elle n'est pas capable de nous tuer. Non ! Des républicains d'une autre espèce que ceux qui nous gouvernent, les républicains de l'intransigeance etde l'avenir, nous tueront peut-être, mais pas les républicains de la République actuelle, les républicains de l'opportunisme, ces Girondins de race éternelle en France, ces juste milieu qui ne veulent jamais le crime qu'à moitié... Ils ne nous tueront pas, mais, en attendant que les intransigeants nous tuent, ils nous feront souffrir ! Us se délecteront voluptueusement à nous faire souffrir ! Et, bourreaux taquins à qui le génie audacieux de la grande persécution manque.