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LES ROMANS ET LES ROMANCIERS DE

YIII

M""' MARIE GJERTZ'

19 avril 1863.

Le moment n'est peut-être pas trop mal choisi pour dire à notre tour quelques mots du roman contemporain. Deux œuvres singulières, signées de deux noms célèbres, pré" occupent et divisent les dilettantes de la littérature romanesque : on dirait ces défis, ces échanges de gants ou de gantelets, qui amenaient, au moyen âge, de si terribles batailles. Ici, pour ajouter à la bizarrerie, le gantelet de fer appartient à une femme et le gant de soie à / un homme ; George Sand a répliqué à Octave Feuillet; Sibylle a fait naître Mademoiselle la Qaintinie^ pour le plaisir ou le scandale des admirateurs un peu assoupis de Tamaris et d'Antonia ^

Au fond, c'est toujours le même débat, et ce débat c*est

* Voir, pour Mademoiselle la Quintinie , le chapitre xiii du présent volume, et, pour Sibylle, les Nouvelles Semaines littéraires.

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le roman ou plutôt c'est la vie, dont le roman, pour être intéressant et vrai, doit interpréter à la fois le dedans et le dehors, les émotions intimes et les agitations exté* rieures. Qu*on le transporte sur le terrain de la discussion dogmatique ou qu on se borne aux mots plus complaisants et plus vagues de spiritualisme et d'idéal, il s*agit constamment de savoir qui triomphera, quelle force ou quelle faiblesse aura le prix de la lutte, quelle portion de la nature humaine vaincra l'autre, lequel de nos penchants viendra à bout de son contraire : le bien ou le mal, l'ordre ou le désordre, la vertu ou le vice, la passion ou le devoir, l'obéissance ou la révolte, et, pour tout résumer, l'âme ou la matière ; car notre orgueil a beau chercher des subtilités et des subterfuges; ce qui, dans le vocabulaire romanesque se décore des beaux noms de passion, de poésie, d'indépendance, d'imagination révoltée contre les vulgarités bourgeoises, d'aigle se débattant contre les barreaux de sa cage ; tout cela, en y regardant de près, touche toujours par quelque point aux sens, à la bête^ à la guenille. Élevez-nous à l'état de purs esprits, et vous verrez de quel chiffre diminuera la production ou la consommation des romans dans nos existences et dans nos cabinets de lecture.

C'est donc là la vie du roman, et c'est aussi sa difficulté, du moins pour ceux qui veulent le pratiquer et l'écrire d'une certaine façon. Si nous étions de purs esprits ou seulement d'excellents chrétiens, que dis-je? des créatures bien ordonnées et bien disciplinées, chez lesquelles la vertu et le devoir ne pourraient courir aucun risque, le roman cesserait d'exister; personne n'aurait plus envie

ni d'en faire, ni d'en raconter, ni d*en imaginer, ni d'en lire. Or voilà des écrivains de bonne volonté qui prennent la plume pour glorifier dans un roman tout ce qui rendrait le roman inutile ou impossible, pour humilier et anéantir tout ce qui est cause que le roman ne peut pas mourir. On comprend le désavantage : c'est de ce désavantage que s'est ressenti H. Octave Feuillet. 11 en est un autre, d'une nuance plus délicate, plus difficile à indiquer, et que Ton ne saurait pourtant tout à fait passer sous silence. Tout ce qui tient aux dogmes et surtout aux pratiques de la religion catholique est si sacré, si absolu, si inaltérable, qu'il est très-malaisé d'en faire un chapitre de littérature profane sans réveiller immédiatement quelques légères méfiances. On se demande à qui l'on a affaire, à un fidèle ou à un artiste, et l'effet produit dépend moins du talent de l'artiste que du degré de conviction qu'on lui suppose. Il en est alors de son ouvrage comparé aux véritables inspirations catholiques, comme de la moderne musique d'église, comparée au plain-chant. Sibylle a été de la délicieuse musique d'église, avec accompagnements' d'instruments à vents et à cordes, à l'usage des belles paroissiennes de Saint-Roch et de Saint-Louis-d'Ântin. Les raffinés et surtout les mal intentionnés ne s'y sont pas trompés, et c'est là peut-être, plutôt que dans des défauts couverts par tant de séductions délicates, qu'il faudrait chercher le secret de cette réaction presque générale contre le dernier succès du jeune académicien. Maintenant, si vous me d.emandez pourquoi je suis revenu sur un sujet traité, en mal ou en bien, avec une supériorité si désespérante, et pourquoi j'ai l'air d'intéresser la litté-

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rature dans ce qui n'est, après tout, qu'une affaire de conscience, je vais vous le dire.

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