‹ Dernières variations sur mes vieux thèmesChapitre 20 sur 46 · LE STYLE · texte numérisé non relu

LE STYLE

« Le moi n'est qu'une entité verbale et un fantôme métaphysique On voit s'évanouir et rentrer dans la région des mots la substance une,

permanente, distincte des événements Je suis

une série d'événements et d'états successifs, sensations, images, idées, perceptions, souvenirs, prévisions, émotions, désirs, volitions.... Nos événements successifs sont les composants successifs de notre moi. Eux ôtés, le moi ne serait plus rien, ils le constituent. »

Le moi n'est donc rien en soi, conclut toujours ce grand démolisseur de Taine; mais, dupés parle langage, nous nous laissons aller à concevoir ce rien « comme une chose distincte, stable, indépendante de ses modes, et même capable de subsister après que la série d'où il est tiré a disparu1 ! »

Si cette réduction du moi à zéro pur était une vérité incontestée, incontestable, force nous serait bien de nous y résigner, non point, certes, d'en être fiers et heureux avec l'auteur du livre De l'intelligence. Mais lephénoménisme, comme les autres doctrines métaphysiques, n'est qu'un chapitre des erreurs de la philosophie aux yeux de plusieurs maîtres dont l'autorité d'abord, — si c'est l'autorité qu'invoque notre faiblesse, — n'est pas moindre que celle de Taine. Avec ou sans l'aide de ces guides, essayons de raisonner un peu.

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