‹ Dernières variations sur mes vieux thèmesChapitre 28 sur 46 · I. Les modernistes, p · texte numérisé non relu

I. Les modernistes, p

déconcerte la vérité logique n'est qu'un jeu de passe-passe pour la réalité vivante.

La vieille logique se croyait obligée de sacrifier ou la conscience ou le pape : la nouvelle est parvenue à les concilier, c'est-à-dire à « marier le Grand- Turc avec la République de Venise », puisque le cardinal Newman proclamait de la même bouche l'infaillibilité papale et « le principe du primat absolu de la conscience ». En bon Anglais protestant, il avait d'abord affirmé ce grand principe qui a fait la Réforme; devenu catholique, il n'a jamais cessé de le soutenir1. Gomment est-il possible de concilier de telles contradictoires? Je ne suis point tenu d'expliquer le fait, je le constate.

Le Ci'edo quia ahsurdum a toujours régné plus ou moins dans l'apologétique et dans l'Eglise, et Pascal, après Saint Augustin, a fait de bien étranges défis à la raison : aujourd'hui, l'illogisme ayant atteint son comble, on en prend joyeusement son parti, on n'essaie plus de l'atténuer, on est tout fier de ses paradoxes, on en construit triomphalement la théorie. Les chrétiens primitifs, hommes d'action bien plus que de pensée, pouvaient être absurdes sans en avoir conscience, contents d'être des saints, des héros, des martyrs. Les chrétiens modernes, analystes à outrance, ont besoin de se

1. Newman. Essai de biographie psychologique, par Henri Brémond, p. 394.

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rendre compte de tout, même des raisons qu'ils ont de ne plus se servir de la raison. La critique de l'intellectualisme est la grande contradiction de la philosophie contemporaine, obligée de raisonner encore pour établir qu'il ne faut point raisonner,

Et c'est pourquoi M. Gaston Riou, après avoir passionnément écouté les ardents soupirs de « la France qui vient », — où il n'a guère perçu que des aspirations indistinctes et contradictoires dans une grande confusion d'idées, — renonce à extraire de ce chaos fécond une conclusion logique et termine sa fiévreuse enquête par une dernière effusion lyrique aux vertus de l'action et à l'avenir de la jeunesse.

Si la « troisième France ». la bonne, la vraie, celle qui n'est ni la France rouge ni la France noire, « la France du clair bon sens, de la droiture intellectuelle et morale », que M. Paul Seippel rappelait naguère de ses vœux et que tout bon Français espère bien voir régner de nouveau, reprend un jour l'hégémonie, elle devra circonscrire dans les limites de son juste domaine le pragmatisme immodéré des hommes qui ne réfléchissent plus, ne raisonnent plus, ne pensent plus, et qui sont tellement épris d'action qu'ils remplaceraient volontiers la philosophie par la vie sportive ; elle devra restituer à la raison son légitime

empire, restaurer dans leur ancienne suprématie la pensée, l'éloquence, le discoiws, la saine prose française et rendre ses droits inaliénables à la vieille logique.

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