Cf. les chapitres m et v du présent volume
séparés comme par une « cloison étanche » et impénétrables l'un à l'autre. Paradoxe violent qui n'a jamais pu sortir des régions de la théorie, de même que la neutralité scolaire et toutes les situations ambiguës. En fait, tant que l'ancienne suprématie de la « science divine » sur les sciences humaines prolongea le fantôme de sa survivance, tous les efforts possibles furent tentés pour justifier scientifiquement la sainte Ecriture en la montrant d'accord avec l'astronomie, la géologie, etc. On renouvelle encore de loin en loin cette tentative enfantine, et c'est la convulsion la plus ridicule du dogme expirant de la théopneustie ; car de quelle utilité peut-il être, grand Dieu! pour la foi religieuse de l'humanité, que le récit de la Genèse sur la création soit plus ou moins conforme aux derniers manuels scolaires ?
Désormais, dans la bonne entente qu'on a raison de désirer et de croire possible d'établir entre les deux sœurs naguère ennemies, — non plus par l'indifférence de l'une pour l'autre, mais par leur réconciliation, — c'est la science qui a pris le pas et qui, avec tranquillité, attend que la religion vienne à elle.
L'évidence de cette interversion de l'antique hiérarchie éclate dans tous les faits. Les ministres du culte chrétien n'évitent-ils pas, avec une instinctive prudence, dans les sermons mêmes qu'ils prêchent aux grandes fêtes religieuses, de faire des allusions
226 l'inquiétude religieuse
trop claires à des miracles déconcertants? Un professeur d'une Faculté de théologie protestante écrit : « A ma connaissance, tous nos étudiants sont entrés dans le courant de la théologie évangélique moderne1. » Paroles pleines d'un sens grave, qui signifient que la jeunesse française de l'avenir interprète au sens spirituel et figuré ce que ses pères prenaient simplement au pied de la lettre. Nous avons enregistré l'aveu que la force de la vérité arrachait à Xewman : « La masse de la classe instruite est devenue libérale sur tous les points de l'Angleterre. » Les auteurs anonymes de ce récent manifeste d'une poignante éloquence, intitulé Ce qiïon a fait de l'Eglise, font, à la page 233, cette remarque très importante, que, s'il y a aujourd'hui, dans l'armée de la science et jusque dans l' avant-garde de cette armée, des catholiques notoires, l'opinion du monde les regarde « comme savants quoique catholiques », tellement qu'un traité de géologie, de zoologie, de botanique, de droit, de philosophie ou d'histoire qu'on publierait, au vingtième siècle, avec l'approbation d'un ou de plusieurs évêques, bien loin de recevoir de ce patronage épiscopal un supplément d'autorité, deviendrait aussitôt suspect d'être médiocre et que l'éditeur commettrait une insigne maladresse par cette recommandation. Tant la science laïque a sup-