‹ Derniers chantsChapitre 14 sur 65 · LE CRIME · texte numérisé non relu

LE CRIME

a Dieu, que Ion esprit m'accompagne De la force viens m'assisler :

Que j'arrive au tombeau d'Ascagne Encore a temps pour l'arrêler!

» Marchons et prions; si je prie,

Dieu peut-être m'assistera.

Marchons; le meurtre veille; il attend; il me crie : « Je porterai le coup quand minuit sonnera. » Mais, déjà chancelant, je me soutiens a peine : Arrêtons-nous!... Le temps ne reprend pas haleine; Il court, lui; marchons donc sous le poids de cet or; Marchons, sans essuyer la sueur qui m'inonde;

Marchons , fût-ce aux bornes du monde ;

Fût-ce a genoux, marchons encor!

» Dieu , que ton esprit m'accompagne ; De ta force viens m'assister :

Que j'arrive au tombeau d'Ascagne Encore à temps pour l'arrêter!

» Dans quel trouble tu me ramènes Aux lieux où, si calme autrefois Devant la majesté des campagnes romaines, Je tombais a genoux en m'écriant : Je crois

CHANT Ml. 135

Comme, sans me lasser de leur sainte tristesse, Dans ta divinité j'abîmais ma faiblesse! Pur, j'y sentais, au feu de ton souffle éternel, S'épanouir vers toi ma piété fervente,

Et, si j'y frémis d'épouvante,

C'est que j'y reviens criminel.

» Dieu, que ton esprit m'accompagne; De ta force viens m'assister :

Que j'arrive au tombeau d'Ascagne Encore à temps pour l'arrêter !

» Oui , je fus inhumain pour elle :

Pour lui je fus dénaturé.

Ce cœur, qui s'obstinait a leur rester fidèle, En impuissants combats que je le déchirai ! Et pourquoi? J'ai voulu, dans mon orgueil impie, Cacher aux yeux de tous la faute que j'expie; Mais, en croyant le fuir, si tu ne nous soutiens, Nous roulons dans l'abîme, aveugles que nous sommes!

On peut tromper les yeux des hommes ; Quel homme peut tromper les tiens?

» Dieu, que ton esprit m'accompagne; De ta force viens m'assister :

Que j'arrive au tombeau d'Ascagne Encore a temps pour l'arrêter !

» De l'oubli voila qu'il s'élance.

Ce souvenir que j'ai cru mort.

Il respire, il est homme, et de ma ressemblance Terrible il me poursuit comme un vivant remord. Il est mon sang 5 il a , pour me glacer de crainte , Des traits accusateurs où ma honte est empreinte Des yeux dont le regard semble la proclamer, Une voix pour crier : Je suis votre victime ! Un cœur pour méditer le crime, Et des bras pour le consommer.

» Dieu, que ton esprit m'accompagne -y De ta force viens m'assister :

Que j'arrive au tombeau d'Ascagne Encore a temps pour l'arrêter!

» Où va s'égarer ma pensée ?

Le chemin, mes pieds l'ont perdu.

Si je tardais pourtant, si l'heure était passée. Si... Marchons au hasard! prions! Qu'ai-je entendu? Les sanglots d'un mourant?... Non, rien. Mais je succombe. Mon Dieu, tends-moi la main, ou sous mes maux je tombe : Rappelle-loi le Christ au Jardin des douleurs, Quand il disait : Mon père, éloignez ce calice!

Et prends pitié de mon supplice :

Je ne suis qu'un homme, et je meurs.

» Dieu, que ton esprit m'accompagne:

De ta force viens m'assister :

Que j'arrive au tombeau d'Ascagne Encore a temps pour l'arrêter !

» Marchons !.. . Mais quelle forme blanche Glisse a mes côtés sur les vents?

Est-ce toi, Julia? ton front vers moi se penche;

Sur moi de ton linceul flottent les plis mouvants.

Dans l'abîme où l'on souffre es-tu captive encore?

Ton haleine me glace et ton œil me dévore.

Pèlerinage affreux ! mais je dois l'achever :

C'est la vie et la mort qu'un même acte rassemble; Marchons donc, et prions ensemble :

C'est notre fils qu'il faut sauver !

» Dieu, que ton esprit m'accompagne; De ta force viens m'assister : Que j'arrive au tombeau d'Ascagne Encore à temps pour l'arrêter!

» Tu pleures, Julia, tu pleures.

El tu me fuis en gémissant.

Que me voulais-tu donc? des funèbres demeures Venais-tu m'apporter un message de sang? Non-, le vent seul murmure a travers la vallée; J'approche, et tout est calme autour du mausolée;

CliAWT VII. 139

A ce remords, mon Dieu, j'aurai donc échappé! J'approche; un pas encore, et j1ai franchi l'espace;

Jl est sauvé; je te rends grâce :

Mon Dieu, son bras n'a pas frappé!

» C'est ton esprit qui m'accompagne ; Ta force a daigné m'assister, Et j'arrive au tombeau d'Ascagne Encore à temps pour »

CHANT HUITIEME

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