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beaucoup . et que plus lard il vendit avec tant de regret. La il espérait trouver un peu de soulagement . et j'avais été passer quelques jours auprès de lui pour tâcher de le distraire. 11 ne s'alarmait point sur sa santé ; mais . le travail étant un besoin pour lui , il avait beaucoup de chagrin de se voir inoccupé. Un matin , nous étions assis tous deu-x dans notre bibliothèque, il me répétait combien il était atlligé de ne pouvoir pas composer un ouvrage en vers. — i Eh bien , lui dis-jc, si tu ne peux pas faire de vers en » ce moment, essaie une comédie en prose. Tu éprouveras » beaucoup moins de fatigues : ce travail aura d'ailleurs pour » toi l'intérêt d'une étude nouvelle. » — « Sans doute , me » répondit-il ; mais où trouver un sujet? » Je lui répliquai que cela n'était peut-être pas aussi ditlicile qu'il le pensait, qu'il y avait partout des sujets de comédie , et j'ajoutai en riant que j étais sûr d'en trouver un dans le premier volume qui me tomberait sous la main. Je tournais le dos aux rayons de la bibliothèque. J'y pris un livre au hasard : c'était un volume de Y Histoire (PEspagnc de Ferreras. Je l'ouvris sur-le-champ , et je lus tout haut le paragraphe suivant , le premier qui frappa mes yeux :
« Le roi don Philippe, voulant réformer les grands abus » qui s'étaient introduits dans le royaume pendant sa longue » absence , convoqua à cet effet les Étals à Tolède. L'em- » pereur son père lui avait extrêmement recommandé don » Juan d'Autriche , qu'il avait eu. comme je l'ai dit, d une »dame allemande, et qui était élevé, a \ illa-Garcia-de- »Campos, sous l'habit de paysan, sans qu'on lui eût fuit » connaître qui il était. Résolu de s'acquitter de celte obli- » gation , le roi par lit pour le monastère de La Espina , cl
SUR CASIMIR DEL \\ IG \K. vwi
■ manda a Louis Qoiiada de lui amener on ce lieu don • Juan d'Autriche afin de le reconnaître. Qniiada obéît,
i et quelques-uns assurent <jue le roi s'attendrit a la vue de » don Juan, en se rappelant la mémoire de son père, et
■ lui apprit ii qui il devait le jour. »
A l'instant même Casimir m'interrompit en me disant :
■ Tu avais raison, il y a l'a une grande comédie, et une co- » médie qui doit être amusante. » Il se mit alors à combiner son plan, et deux jours après il était terminé.
Ce fut au milieu de douleurs presque continuelles qu'il écrivit cette comédie pleine de verve, de saillies et de gaieté, et qui lui valut un succès éclatant dans une route qu'il tentait pour la première fois.
La composition d'une pièce en prose avait été pour lui une sorte de repos. 11 voulut profiter d'un intervalle dans ses douleurs pour revenir a la poésie, qu'il chérissait pardessus tout; mais, n'osant s'attaquer encore a un ouvrage de longue haleine, il composa une tragédie en un acte : une Famille nu temps de Luilier, qui ne lui lit pas moins d honneur que les grandes compositions qu'il avait déjà données au théâtre.
Au moment où celte pièce fut représentée, il avait déjà commencé une œuvre bien plus importante, à laquelle il donna tous ses soins, et que peut-être il estimait le plus de tous ses ouvrages, la Popularité, comédie en cinq actes cl en vers. « Je voudrais, me disait-il, non-seulement faire » une comédie remarquable, mais encore une action utile, » en mettant sous les yeux du spectateur le danger de l'exa- Mgéralion, même dans les hommes de bonne foi; et, au >» milieu d une inlrigue simple, mais intéressante , offrir eu
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» quelque sorte la théorie du devoir. » Aucun ouvrage ne lui a coûté plus de travail et de méditations-, mais il sut triompher de la gravité du sujet, et le charme du style, l'élévation des pensées, la vérité des caractères, placèrent, dès son apparition, celte comédie au rang de celles qui ne peuvent jamais être oubliées.
Une heureuse circonstance se rattache a la première représentation de cette pièce. Mademoiscl le Corneille, petiteli 'le du grand Corneille, que le défaut de fortune plaçait dans une position extrêmement pénible, avait sollicité et venait d'obtenir un bureau de papier timbré; mais, pour entrer en possession de ce petit emploi, qui devait la mettre au-dessus du besoin, il était indispensable de verser dans le plus bref délai une somme de cinq cents francs de cautionnement. Elle n'avait point celte somme; et comme Casimir lui avait toujours témoigné le plus grand intérêt et avait secondé ses démarches avec ardeur, elle vint le trouver, le matin même de la première représentation de la Popularité, pour lui faire connaître rembarras où elle se trouvait. Casimir s'empressa de la rassurer, et il adressa sur-le-champ à J\J. le duc d'Orléans, ce prince si universellement aimé, dont la perte fut une calamité publique, une lettre commençant par ces mots : « C'est un soldat qui, le » jour d'une bataille, vient réclamer vos bontés en faveur » de la petite-fille de son général. » 11 expliquait ensevte 1*. position et les espérances de mademoiselle Corneille. Le noble prince ne fit pas attendre sa réponse : le jour même, la somme demandée était accordée avec un empressement et une grâce qui doublaient le prix du bienfait. Casimir, en apprenant cette nouvelle, me serra la main et me dit :
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« .1 étais bien sûr <lc la réponse, et si je ne réussis pas ce » soir, j'aurai fait du moins une bonne journée. » La soirée fut glorieuse, et Casimir put ajouter un triomphe de plus a tous ceux qui avaient déjà marqué sa brillante carrière.
Il revint alors a la muse tragique. 11 aimait beaucoup a relire une ancienne traduction du Romancero; c'est la qu'il puisa l'idée de ta Fille du C'ul. Cette tragédie était destinée au Théâtre-Français, et mademoiselle Rachel, pour le talent de laquelle l'auteur avait une vive sympathie, devait remplir le rôle principal. Des obstacles indépendants de sa volonté empêchèrent l'exécution de ce projet, et la pièce tut représentée sur le théâtre de la Renaissance. Elle ne fut pas moins heureuse que les autres productions de Casimir. Mais c'était le chant du cygne, car sa dernière tragédie est restée inachevée. Ne semblait-il pas pressentir sa mort et faire un retour sur lui-même lorsqu'il écrivait ces vers du Cid :
« Mes jours sont pleins, Elvire, et bons à moissonner. » Dieu, qui me les compta, pouvait moins m'en donner. » Les reprendre est son droit; mais si sa faux les touche, » Que leur dernier soleil dans la gloire se couche, » Tu devras comme moi bénir le moissonneur, » La récolte en tombant sera riche d'bonneur. »
A partir de ce moment sa santé, déjà si altérée, continua a décliner de la manière la plus alarmante, malgré les soins empressés du docteur Ilorteloup, son ami autant que son médecin, secondé par le docteur liclmas, qui partageait toute son affection et toute sa sollicitude pour le poète souffrant. Déjà il ne pouvait plus sortir de chez lui ; ses distractions se bornaient a des lectures qu'il se faisait faire par sa femme et sa sœur, et à la société de quelques amis
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intimes, qui se réunissaient le soir autour de lui. Je citerai entr'autres MM. Liadières, qui par ses ouvrages avait concouru avec Casimir aux succès du second Théâtre-Français, Routron, chimiste distingué, qui lui avait donné quelque teinture des sciences physiques; Emile Scurre, sculpteur, pour qui il avait conçu a Rome une véritable amitié dont les liens s'étaient encore resserrés a Paris.
Dans cet état, déjà si triste, il conservait toute la vigueur de son esprit, toute la fraîcheur de son imagination; si ses forces physiques diminuaient visiblement, ses forces intellectuelles semblaient augmenter encore. Plusieurs ouvrages l'occupaient à la fois : le premier était le Conseiller rapporteur, comédie en trois actes et en prose. Casimir avait toujours beaucoup admiré le dialogue en prose de nos anciens auteurs comiques, Molière, Regnard et Lesage. Il écrivit le Conseiller rapporteur pour reproduire, autant qu'il serait en lui , les formes de ce style, dont il aimait l'allure vive et hardie et la piquante originalité. Seulement, pour faire accepter au public ce nouvel essai, il supposa dans un prologue ingénieux que le Conseiller rapporteur était une ancienne comédie dont le manuscrit avait été retrouvé par hasard. 11 espérait, en se cachant sous ce voile transparent, se faire plus facilement pardonner sa hardiesse. Son attente ne fut pas trompée, et la pièce fut accueillie par un rire et des applaudissements non interrompus. Le second ouvrage dont il s'occupait encore était Charles VI, opéra en cinq actes, qu'il écrivait avec moi, pour se délasser de travaux plus graves. Casimir avait toujours été très-sensible au charme de la musique , et lui-même a composé les deux airs qui sont chantés dans !a tragédie de Louis XI : aussi
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trouvait-il une heureuse distraction dans là composition do botre <euvre lyrique. Mais celle qui absorbait presque entièrement ses pensées, et ii laquelle il donnait tous ses soins quand ses forces le lui permettaient, c'était Mélmine, tragédie en cinq actes dans un genre tout a fait nouveau, et dont le sujet pouvait admettre toutes les richesses de la poésie. Lorsque Casimir fut surpris par la mort, quatre actes de cette tragédie étaient terminés, mais malheureusement un acte et demi seulement était écrit.
Ce précieux fragment a été réuni aux poèmes qu'il a composés sur l'Italie. Pendant son voyage, il aimait à recueillir les traditions et les anecdotes qui lui paraissaient peindre le mieux les mœurs et les habitudes du pays qu'il parcourait , et il se plaisait ensuite a écrire sur ces divers sujets des poèmes et des ballades, où la description des lieux venait se mêler heureusement a une action légère et intéressante. Je crois que peu d'ouvrages donnent une idée plus juste de l'Italie que ce recueil si vrai et si varié, et je ne pense pas que Casimir ait jamais déployé un talent plus suave, plus gracieux et quelquefois plus élevé.
Cependant, au milieu de ces occupations qui lui étaient si chères, son mal continuait a faire des progrès rapides. Depuis qu'il avait vendu La Madeleine pour surveiller de plus près l'éducation de son fils, il passait tous les ans la belle saison a Taris. Scribe, qui connaissait son goût pour la campagne et qui espérait qu'il pourrait y trouver quelque soulagement, vint lui offrir sa charmante maison de Montalais. Casimir accepta, alla s'y établir avec sa famille, et trouva encore quelque douceur a y passer trois mois au milieu de nous. \u mois <!<> septembre, un ami, M. de Lopès, l'en-
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gagea a venir se fixer chez lui, à Saint-Just, pendant le reste de la belle saison -, et là, malgré ses souffrances, il jouit encore de quelques beaux jours. Mais tous les secours de la médecine, tous les soins de la tendresse la plus empressée ne pouvaient raffermir sa santé détruite 5 lui-même commençait à ne plus s'abuser sur sa position, qu'il envisageait avec un grand courage. Lors de son retour à Paris , il sontit qu'il ne pourrait résister a la rigueur de la saison , et il déclara à son médecin qu'il ne voyait plus de chance de salut pour lui qu'en allant chercher un climat plus doux dans le midi de la France. Malgré les conseils du médecin, qui craignait pour lui les suites d'un si long voyage dans l'état de faiblesse où il se trouvait, il se détermina a partir, et, comme il ne voulait être accompagné que de sa femme et de son fils, il ne me permit de le conduire que jusqu'à Orléans.
Il quitta Paris le 2 décembre 1843, et soutint assez heureusement la fatigue des premiers jours ; mais il avait plus de courage que de force, et, en arrivant à Lyon, il fut obligé de s'arrêter. C'est en vain qu'il lutta avec énergie contre le mal , il fallut céder. Conservant dans sa faiblesse toute sa présence d'esprit , il ne pouvait plus s'abuser luimême; mais il cherchait a rassurer sa femme, en lui répétant qu'il serait en état de partir le lendemain. Une heure avant de succomber, il se faisait lire encore Guy Mannering de Walter Scott, et sa femme, par une préoccupation trop naturelle dans ces tristes moments, ayant passé une ou deux lignes , il la pria de recommencer en lui faisant remarquer doucement qu'elle s'était trompée. Cependant quelques minutes après, c'était le 1 1 décembre, h neuf heures du soir,
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il parut cesser d'écouter la lecture, et, posant sa têie sur sa main , murmura quelques vers a demi-voix ; puis , se laissant doucement retomber sur son oreiller , il sembla s'endormir; mais il ne devait plus se réveiller. C'est ainsi que s'éteignit, dans toute la force de l'âge et du talent, cet homme aussi rare par les nobles qualités de son cœur que par l'élévation de son génie.
Je ne parlerai point de la douleur de sa femme et de sa famille, mais je dirai que celte douleur trouva un écho dans tous les cœurs. La perte de Casimir excita des regrets universels. On vit se presser aux funérailles du poète tout ce que Paris renfermait de plus distingué dans tous les genres et dans tous les rangs. M. le comte de Montalivet, M. Victor Hugo, M. Frédéric Soulié , M. Tissot, M. Samson, de la Comédie-Française , enfin M. Ostrowski au nom de la Pologne, prononcèrent d'éloquents discours sur sa tombe. Le roi ordonna que son portrait et son buste seraient placés dans les galeries de Versailles-, le Havre, son pays natal, décida que son nom serait donné a l'un des quais, et qu'une statue lui serait élevée sur une des places de la ville, et MM. les sociétaires de la Comédie-Française arrêtèrent en assemblée générale que son buste serait placé dans leur foyer, au milieu des images de tous les grands hommes qui ont illustré le théâtre. Tels sont les honneurs dont fut entourée la tombe de Casimir Delavigne, qui laisse pour héritage à son fils un nom glorieux et sans tache, ses ouvrages comme monuments de son génie, et, comme exemple, sa vie si pure et si bien remplie.
G. Delavigne.
LA BRIGANTINE
BALLADE
A boni de la Madone.
La brigantine Qui va tourner Roule et s'incline Pour m'entraîner.
LA BRIGANTINE
0 Vierge Marie , Pour moi priez Dieu !
Adieu, patrie!
Provence, adieu!
Mon pauvre père Verra souvent Pâlir ma mère Au bruit du vent.
0 Vierge Marie , Pour moi priez Dieu !
Adieu, patrie!
Mon père , adieu !
La vieille Hélène Se confira Dans sa ncuvaine.
Et dormira.
LA BRIGANTINE
0 Vierge Marie , Pour moi priez Dieu !
Adieu, pairie!
Hélène, adieu!
Ma sœur se lève , Et dit déjà :
« J'ai fait un rêve » 11 reviendra. »
0 Vierge Marie , Pour moi priez Dieu !
Adieu, patrie!
Ma sœur, adieu!
De mon Isaure Le mouchoir blanc S'agite encore En m'appelant.
LA BRÏGANTINE.
0 Vierge Marie , Pour moi priez I»ien !
Adieu , patrie !
Tsaure, adieu!
Brise ennemie , Pourquoi souffler, Quand mon amie Veut me parier?
0 Vierge Marie, Tour moi priez Dieu !
Adieu, patrie!
Bonheur, adieu !
PIETRO
BALLADE
Naples.
« Le flot grossit , le ciel est noir : Piétro, pourquoi partir ce soir?
Lui dit sa mère :
L'an dernier, j'eus beau l'avertir.
PIÉTRO
Ton frère aussi voulut partir .
Ton pauvre frère ! »
Piétro, montant Sur la nacelle Qui fuit loin d'elle, Dit en partant :
« Nanna m'appelle :
Elle est si belle!
.Te l'aime tant ! »
La mauve blanche, au cri plaintif, Disait, en volant sur l'esquif,
« Pêcheur, arrête !
Le nid qui m'avait tant coûté De ce roc vient d'être emporté
Par la tempête! »
Piétro, luttant Avec courage
PIÉTRO
Contre l'orage, Allait chantant :
« Nanna m'appelle Elle est si belle !
Je l'aime tant ! »
Un sourd murmure au bruit des flots De temps en temps mêlait ces mots :
« Piétro, mon frère , Avant que ton heure ait sonné , Pour l'âme de ton frère aîné,
Une prière ! »
Piétro pourtant Croit se méprendre, Et, sans l'entendre.
11 va chantant :
« Nanna m'appelle :
Elle est si belle !
Je l'aime tant! »
PIÉTRO
Il approchait, quand sur les bords L'airain funèbre, qui des morts
Sonnait l'antienne, Murmura : « Chrétien sans pitié Pour lame qui t'a supplié,
Songe a la tienne! »
l'iétro, sautant Sur le rivage , Rit du présage.
Et va chantant :
« Nanna m'appelle :
Elle est si belle î Je l'aime tant! »
11 courait près d'elle à Meta ; Un cortège en deuil l'arrêta
Sous la tourelle.
— « Pour qui donc priez-vous, pêcheurs? » Un d'eux, en essuyant ses pleurs,
Dit : — « C'est pour elle! »
PIÉTRO
Piétro l'entend, Pâlit, soupire, Et puis expire En répétant :
« Nanna m'appelle Elle est si belle!
Je Tairne tant! »
POEME