‹ Derniers chantsChapitre 34 sur 65 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

11 n'est point de beaux lieux que n'embellisse encore

Le sentiment profond qu'on éprouva près d'eux.

Les bords où, voyageur, il s'exila lui-même,

N'ont pour l'indifférent qu'un charme passager ;

Alors qu'il les admire, il se sent étranger ;

Mais le ciel du pays est aux lieux où l'on aime.

Du jour qu'elle parut a mes yeux attendris,

Un intérêt plus cher , une beauté nouvelle ,

Je ne sais quel attrait qui fait qu'on se rappelle,

Prêta de l'éloquence a la tombe, aux débris,

Et je n'oubliai plus quand j'admirai près d'elle.

L'air natal m'agita d'un doux frémissement ;

Je crus voir refleurir une gloire flétrie;

Tout me sembla grandeur, chef-d'œuvre, enchantement;

Tout me fut souvenir, tout me devint patrie,

Et lorsque malgré moi je me laissai charmer

A l'amour dont pour vous mon âme s'est éprise,

Rome, ce n'est pas toi; ce n'est pas toi, Venise,

C'est elle que j'aimais en croyant vous aimer!

Ne verrai-je donc plus se dérouler ces plaines, Ces coteaux onduleux comme les flots des mers! Ne les verrai-je plus, ces campagnes romaines,

ÉPILOGl E. 235

Donl nit's pus auprès d'elle ont foule les déserts,

El ce noir Colysée, et dans sa vaste enceinte Ces clartés qui tombaient des arceaux entr'ouverls, Quand , la tête penchée, un bras sur la croix sainte, A minuit , belle et pâle, elle écouta mes vers! Des jardins Médicis qui me rendra l'ombrage, Les pins silencieux des jardins Pamphili , Où dans son souvenir j'errais enseveli ? Que mon cœur tressaillait dans ce sentier sauvage, A travers les vapeurs des flots de Tivoli, Lorsque son voile humide effleurait mon visage ! Ou'ai-je admiré, profane , a ce bruit solennel De l'airain , des clairons, des foudres de la guerre, Quand les bras d'un vieillard, étendus vers le ciel, Recueillaient ses pardons pour les rendre a la terre? Profane , j'admirais ce front noble et charmant , Rêve éternel de ceux qui l'ont vue un moment. Rendez-moi, lieux chéris, dont le nom seul m'agite. Rendez-les-moi , ces jours où j'ai vécu si vite, Ce dévorant espoir d'un plaisir qu'on attend , Ces craintes, ces transports, cette flamme sacrée Que ses yeux répandaient dans mon sein palpitant , Dont mon cœur s'embrasait à sa voix inspirée. Ces siècles de bonheur pressés dans un instant!

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