MA MU-SIQUE
Mon Théâtre, exclusif, s'élèvera, en Europe, sur quelque montagne dominant telle cité que mon caprice, tout en l'enrichissant à jamais, immortalisera ! — Là, disons-nous, mes invités arriveront, au bruit des canons, des tambours furieux, aux triomphales sonneries des clairons, aux bondissements des cloches, aux flottements radieux des longues bannières. Et, à pied, en essuyant la sueur de leurs fronts, pêle-mêle, avec lesdites Altesses et Majestés, tous graviront fraternellement ma montagne.
Alors, comme j'aurai lieu de redouter que la furie de leur enthousiasme — qui sera sans exemple dans les fastes de notre espèce — ne nuise à l'intensité de l'impression qu'avant tout doit laisser ma mu-sique, je pousserai l'impudence jusqu'à DÉFENDRE d'aPPLAUDIR.
Et tous, par déférence pour cette musique, ne laisseront éclater qu'à la fin de l'Œuvre toute la plénitude de leur exaltation . — Bon nombre d'entre eux accepteront môme d'être, au milieu de
IIO DERNIERS CONTES
ma patrie, les représentants d'une nation vaincue par la mienne et saignante encore, el, au nom de l'Esprit humain, sourds aux toasts environnants portés contre leur pays, auront la magnanimité de m'acclamer! Les plus parfaits chanteurs, les plus grands exécutants, — si intéressés d'habitude, et pour cause, — oublieront, cette fuis, tous engagements, lucres, feux et bénéfices, pour le seul honneur d'exprimer, gratuitement, quoi ? — ma