‹ Derniers jours de Canada français [microforme]Chapitre 2 sur 6 · HYGIÈNE COLONIALE ET POLITIQUE · texte numérisé non relu

HYGIÈNE COLONIALE ET POLITIQUE

DE Wirriau Paire

Au printemps tardif qui suivit l’implacable hiver 1757-58 ; quand, à l’aube matinale, sommeillait encore ia bourgeoisie dans les rues étroites et brumeuses de la cité de Londres, quelques lumières errantes éclairaient déjà l’angle oriental du vaste hôtel qu’occupait William Pitt, Président dictateur d’un ministère surnommé le Cabinet des coalisés, où siégeaient Fox et d’autres notabilités célèbres.

Vers cinq heures la grande porte s’ouvrait ; plusieurs laquais en livrée de petite tenue se rangeaient à leur poste, et l'huissier semainier introduisait chez sa seigneurie un jeune militaire, fluet, maigre, petit, mais portant haut la tête, pleine d'expression martiale et d’attitude imposante. La bride du cheval monté par lui ayant passé de ses mains entre celles d’un piqueur, il piaffa presque aussitôt d’impatience, car c'était l’habituel coursier d’inspections et de batailles, confident muet d’impressions passionnées que le noble animal

devinait peut-être.

Pitt, assis devant des cartes d'Amérique annotées et pointées, ne se leva point, quoique le visiteur fût un homme considérable ; il l’accueillit avec bienveillance,

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Jui fit signe d'approcher et sans ambages ouvrit l’entretien : — « Général Wolfe, je vous ai rappelé des Pays- Bas où vous conduisiez la guerre comme j’entendais qu’elle le fût, parce que des intérêts plus graves rendent votre présence indispensable au Canada. Vous trouverez là le marquis de Montcalm, adversaire éminent dont vous saurez être digne. Sous vos ordres vont marcher quarante mille hommes d’excellentes troupes, les meilleures du Royaume-Uni; Irlandais, Ecossais, Jacobites (1), indisciplinés dans leurs foyers, soldats modèles partout ailleurs ; puis en outre vingt-cinq bataillons miliciens, recrutés sur le territoire anglo-canadien, gens calmes, sans élans fougueux, leur nature ne le comporte pas, mais toujours fermes, patients, fidèles, quelle que soit la fortune.

» Plusieurs escadres de ravitaillement chargées de vivres, d'armes et de munitions, stationnent aux Antilles, le long des côtes océaniques ; d’où neuf cent petits navires, bateaux plats, pirogues et radeaux, remontant d’une part les rapides des grands fleuves, sillonnant d’autre part les lacs Supérieur, Huron, Erié, Ontario, débarqueront à point nommé, quana il le faudra, troupes, vivres, vêtements, matériel d'artillerie et munitions. Rien ne saurait vous manquer ; tout est assuré d’avance, combiné, prévu. |

& Dans ses folles préoccupations morales, la France, qui caresse l’utopie d’une civilisation impossible aujourd'hui, la civilisation des Peaux-Rouges, a voulu réglementer leurs mœurs; vains efforts : on civilise d’abord

(1) Partisans des Stuarts,

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