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par la force et la terreur ; plus tard, longtemps après, au moyen d’une éducation lente et progressive. D'’ailleurs, à quoi bon? Laissons dans leur sauvagerie ces peuplades incoercibles ; attachons-les-nous en flattant, excitant même les passions brutales qui les dominent. Puisqu’elles aiment le wiski et l'eau de feu des Peaux blanches, loin d'interdire toute boisson alcoolique comme l’ont ordonné Montcalm et les Pères Jésuites, épanchons à pleines rasades dans les veines des sauvages nos liquides brûlants. Sans nul doute ils se livreroni à mille excès ; eh! qu'importe ! Aux désordres succédera l’affaissement, état favorable durant lequel rous les tiendrons par l’appât de nouvelles jouissances. Mêmes théories gouvernementales pour le fétichisme, pour les femmes esclaves et servantes, pour n'importe quelles conséquences de la sauvagerie; forcons sans scrupules la mesure ordinaire du mal ; devenons dominateurs et puissants, plus tard nous serons chrétiens s'il se peut.
» Le cabinet de Versailles a commis une autre faute, c’est de n'avoir recherché, favorisé dans ses colonies d'outre-mer que les Français indigènes, eux si peu portés au cosmopolitisme, si rebelles à l’observance hygiénique des habitudes qu’exigent chaque climat, chaque saison, chaque race d'hommes, chaque tempérament, et quelquefois chaque idiosyncrasie., eu mode personnel de
sentir et d'agir. Moi, par système opposé, tâchant de mettre les émigrants en rapport direct de vitalité avec leur nouvelle patrie, désirant apaiser les races et produire des coïncidences génésiques, d’où puisse sortir une nation forte, pleine d'avenir, j’ai recruté dans les régions
occidentales et septentrionales d'Europe : Danemark, Hollande, Irlande, Suède, Palatinat, Provinces électorales de Rhin et Moselle, Bavière, Hesse et Wurtemberg, choisissant de préférence les protestants et les anabaptistes. Ces races, sympathiques entre elles, sont courageuses, patientes, économes, vouées d'origine principalement à l’agriculture, à l’élève des bestiaux, aux industries mécaniques. Tous ont pu retrouver sur le continent américain un ciel analogue à leur ciel natal; occuper des terres fécondes où leur progéniture se multipliera, sans rien perdre du type respectif qui les caractérise. Nous les avons aidés, secourus avec sollicitude comme nos propres enfants, laissés maîtres de se créer une organisation municipale, des institutions politiques et religieuses libres ; aussi personne ne regrette la mère patrie ; chaque groupe, heureux de sa prospérité, appelle aux mêmes jouissances les compatriotes européens. Déjà le territoire anglo-canadien possède vingt fois plus de colons que n’en a le territoire du canadien français. C’est vous dire qu'après la conquête du pays par nos armes, il saura se maintenir indépendant, grâce aux
principes fondamentaux de bien-être et de convenances
réciproques qui forment les nationalités durables... »
L’illustre Excellence, qu’une goutte impitoyable rendait percluse, au point de se faire hisser péniblement à la tribune des Chambres, ayant alors, par l’énergie de sa volonté dominé le mal, se lève, et saisissant un compas, le promène sur le Portland d’ Amérique septentrionale étalé devant lui, et montre successivement au général les territoires en culture qu'on veut aliéner ou réserver; les stations indispensables à la garde du pays;
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les points occupés militairement et ceux dont il faut s'emparer coûte que coûte. Son œil d’aigle, embrassant l’échiquier stratégique d’une surface d’environ cinq cents lieues carrées, signale les plateaux auxquels peut aboutir chaque opération principale, chaque mouvement agressif et défensif; les refuges où devront se reposer en quartiers de campagne et en saison soit hivernale, soit estivale, les troupes belligérantes......
Fatigv$, haletant, d’être demeuré droit, Pitt se rassied; puis revenant aux sauvages dont les masses coopérantes à la guerre doivent être utilisées selon lui, il ajoute :
« Le marquis de Montcalm, imbu des vieilles idées de système stratégique régulier, compte peu sur les miliciens, qu'il faut d'ailleurs renvoyer chez eux, pour les semailles et les récoltes, et compte beaucoup moins encore sur les Peaux-Rouges, quoique plein de confiance en leur bravoure et leur droiture. Ses lieutenants sont du même avis, car aux vrais guerriers la ruse, les surprises répugnent, genre d’hostilités où les sauvages excellent. La France se prive ainsi de ressources importantes desquelles nous devoas tirer profit. En campagne, tous les moyens sont bons s’ils réalisent un succès. Appuyez-vous donc des Peaux-Rouges le plus possible. Qu'ils fassent la guerre à leur façon, peu nous importe, cela les regarde.
» D’impérieux besoins dévorent aujourd’hui ces hordes errantes ; elles meurent de faim et de misère; leur fournissant des vivres, des vêtements, des armes, et l’Angleterre n’a garde d’y manquer, nous les tenons sous notre autorité ; moyens bien autrement efficaces que Île seutimentalisme ou les prédications qu'emploie la France,
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Oui, général, on conduit les grands peuples par le cœur et l'esprit ; quant aux brutes, hommes et bêtes, c’est par le ventre, le fouet et le Lâton.
» Inutile de vous peindre l’importance de votre tâche ; d’estimables guerriers y ont échoué; posséder le Canada sera conquérir en perspective l'Amérique septentrionale, tout un monde; il nous le faut; l’intérêt commercial, politique de l’ Angleterre l’exigent et je l'attends de vous. Vainqueur, ne soyez ni généreux, ni miséricordieux, encore moins sympathique ; restez maître de votre âme, vous le serez des autres. S'il arrivait, à Dieu ne plaise! que le sort devint fatal à Votre Seigneurie, divers lieutenants éprouvés, désignés d'avance sauront vous remplacer; Ambhert, Townshend, deux inexorables, ennemis héréditaires du peuple français ; lord Abercromby, marin du premier mérite, lord Howe, l’Achille des trois royaumes. Allez donc sans hésiter : des tours de Westminster la nation vous contemple et William Pitt vous embrasse. » |
C'était le témoignage d’estime le plus démonstratif, Je moins équivoque, dont William honorât les élus. Woife, plein d'émotion, s’élança dans les bras du ministre qui, saisissant ses mains à l'anglaise, les étreignit dans les siennes; puis ils se quittérent. Deux jours aprèss un vaisseau trois-mâts de soixante canons, avec douze cents hommes d'élite, emportait au large le généralissime de toutes les forces anglo-canadiennes, sans que nul à la cour, nul du cabinet Saint-James, soupçonnût
l'affaire.
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