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Québec devenait l'objectif principal. Il y courut; il prit les dispositions stratégiques du tacticien le plus expert, et sans la trahison d’un Français, créature del'intendant Bigot, peut-être eussions-nous encore triomphé des obstacles et des masses ; mais n’insistons pas davantage sur les faits militaires au récit desquels le cœur saigne, étrangers d’ailleurs à l'hygiène physique et morale qu’il nous était donné d’envisager ici.
Cette campagne épique, pendant laquelle trois peuples rivaux d'héroïsme combattirentavecle pressentiment vague des larges destinées qu'onvrirait la victoire, ne dura point dix semaines. Le sang de presque tous nos officiers généraux y coula ; l’intrépide Bourlamaque en revint mutilé, car on se battait à bout portant. souvent à l'arme blanche; l’absence de la poudre n’arrêtant l’ardeur de personne. Wolfe et Montcalm qu’une fortune appaira sous le rapport du génie, peut-être aussi du cœur, conservèrent jusqu’au dernier souffle le caractère type de leur race. La veille de sa mort (12 septembre), Wolfe couché, se faisant lire une tirade magnifique de Thomas Gray qui finissait ainsi : — « Le chemin de la gloire ne conduit qu’au tombeau » — s’écriait transporté d’enthousiasme: — « Oui, Messieurs, j'aimerais mieux être capable d'écrire ces vers que de vaincre demain; » et lorsqu’au lendemain trois balles le firent chanceler: « Soldats, soutenez-moi, qu'on ne me voie pas tomber. » — Agonisant, les mots ils fuient réveillèrent ses sens troublés. — « Qui?» s’écria d’une voix forte le moribond, — Les Français, répliqua l'assistance; — « Allons, je meurs heureux » ajouta Wolfe, et son der-
nier ordre fut de couper la retraite aux vaincus.