‹ Derniers jours de la bohêmeChapitre 7 sur 12 · A MADEMOISELLE DE SAINT-ALBIN · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE DE SAINT-ALBIN

Je n'ai fait qu'entrevoir, un instant, ton visage, Et je sors, en tremblant, tout ébloui de toi. Je plains le flot furtif où se voit ton image : II la perd en fuyant, je l'emporte avec moi.

Lamartine avait le don de porter bonheur à ceux qui l'approchaient.

Il a été le patron de vingt personnalités qui, toutes, ont réussi dans le monde.

Entre autres notabilités contemporaines qu'il a lancées, je citerai : — Eugène Pelletan, ancien député de Paris, membre du gouvernement de la Défense nationale en 1870 ; — Paul de Saint- Victor, le critique, son ancien secrétaire : — H. de Lacretelle, député de Saône-et-Loire, — et Tony Révillon, député de Paris,

Il s'est éteint à Mâcon, au commencement de mars 1869. Il avait donc soixante-dix-neuf ans

le jour de sa mort. Plusieurs écrivains de la presse républicaine, MM. Louis Ulbacli et Edmond Texier. étaient venus de Paris afin d'assister à ses funérailles. Ils ont suivi à pied ce long et sublime convoi, qui, de Mâcon jusqu'à Saint-Point, a trouvé tout un pays rempli de gloire et palpitant encore de l'âme du grand poète. Quand la voiture de deuil s'arrêta devant Montceau, les femmes de vignerons se précipitèrent sur le cercueil. Elles le touchaient, elles le baisaient avec des sanglots, en s'écriant :

(( C'est lui, c'est notre cher monsieur, celui qui faisait tant de bien aux pauvres gens ! »

A Saint-Point, la neige qui, d'abord, avait fait un chemin difficile au convoi, cessa tout à coup. Une sorte de printemps hâtif avait dès lors embelli, pour quelques heures, ce doux vallon, qui, depuis ce jour-là, garde son hôte illustre. La cérémonie fut plus que simple. On enterra rien qu'avec des couronnes de fleurs cet homme qui avait traversé toutes les grandeurs sans vouloir se parer d'aucun oripeau, d'aucun ruban ; puis la voix confuse de la foule qui s'empressa pendant une heure autour de la petite chapelle, fut la seule oraison funèbre de cet orateur naguère si retentissant.

La famille aVait voulu que le silence diuis lequel il s'était enseveli lui-même avant l'heure se continuât jusque sur sa tombe, et cette volonté fut respectée.

A la même heure, le télégraphe a rapporté le récit de cette fête à la France et, partout, la France respectueuse, a pris la parole pour proclamer l'immortalité de Lamartine.

Page 1