EN GUISE DE POST-SCRIPTUM
Un jour, vers 1846, il arriva au bureau principal de la poste un pli cacheté de cire rouge, venant de l'étranger, avec cette adresse : Au
PLUS GRAND POÈTE DE LA FrANCE. — On Voit
d'ici l'embarras du directeur. — Le plus grand poète ! qui donc était-ce ? Le fonctionnaire, s'en rapportant aux cent trompettes de la Renommée, envoya la missive chez Déranger, mais le vieux chansonnier, tressautant sur son fauteuil, rendit le pli en disant : « Portez ça, sans retard, chez Victor Hugo, place Royale ». Victor Hugo, même mouvement, se donna à peine le temps de lire la suscription, et s'écria : « Portez ça, tout de suite, rue la Ville-l'Evêque, chez Lamartine ». De son côté, Lamartine, repoussant le paquet, donna l'ordre de le porter chez l'auteur d'Hernani. Bref, l'envoi paraissait brûler les doigts de ceux qui le touchaient et personne n'en voulait. Pourtant Lamartine eut une idée et s'écria : « Le plus grand poète de France, c'est peutêtre celui de l'avenir, le poète de demain? »
Au fait, (jui pourrait dire s'il n'y a pas^ en ce moment, un Homère, un Virgile, un Dante ou un Shakspeare, suspendu aux tétons de sa nourrice, en Bretagne ou à Gonesse ?
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