III. — CABRERA RECTIFIE
19 mars 1875.
M. Tirso de Olazabal, comte d'Arbelaiz, nous fait l'honneur de nous adresser les lettres suivantes sur les confidences de M. Cabrera à M. d'Aulnay, du Figaro. M. de Olazabal a été député et membre de la commission d'armement carliste. Il est exilé et interné, et sûr de sa mémoire comme toute l'Espagne l'est de son cœur et de sa fidélité. Or, cet homme d'honneur déclare formellement erronées diverses assertions qu'on ne saurait attribuer toutes à la légèreté du secrétaire improvisé de M. de Cabrera.
Une plus longue réponse serait superflue, surtout lorsque l'on considère la fortune de la proclamation, du convenio et de l'apologie. Ce sont, en un mot, des pièces ratées. Si don Ramon Cabrera, ainsi que l'annonce fièrement le Figaro (seul ami qui lui reste), .trouve prochainement des arguments meilleurs, le roi Charles VII y répondra, suivant son excellent usage, « par la bouche de ses canons ». M. Cabrera dit que le roi n'a que vingt-cinq mille hommes, dont six mille seulement de bons. C'est égal, il n'en répondra pas moins. Puisque six mille hommes jusqu'à présent lui ont suffi pour battre les armées républicaines et alphonsistes, pourquoi ne les battrait-il pas encore ? Car enfin, il est clair qu'elles
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ont été battues, puisq^ue leurs chefs demandent à traiter.
Voici la lettre de M. Olazabal, qui nous semble battre très bien les littératures combinées de M. Cabrera et de Figaro :
« Paris, 18 mars.
» Monsieur le rédacteur,
» Voulez-vous me permettre de rectifier quelquesunes des assertions fantaisistes de M. Cabrera, insérées dans le récit de M. Alfred d'Aulnay, reporter du Figaro ?
» lo M. Cabrera prétend avoir été toujours opposé à la présente guerre. Cette affirmation est fausse de tout point. Du mois d'octobre 1869 au mois d'avril 1870, Charles VII laissa tout pouvoir aux mains de Cabrera, tant pour la partie politique que pour la partie militaire. Si M. Cabrera l'avait oublié, je pourrais réveiller ses souvenirs en plaçant sous ses yeux, la nomination de comités d'armement, pièce rédigée par lui et signée de lui. Si elle ne lui suffisait pas, je tiens à sa disposition, à la vôtre et à celle du •public, une vingtaine de lettres, à moi adressées par le même Cabrera, où il n'est question que d'expédition d'armes et de munitions en Espagne.
» 2° Après huit mois d'attente, le roi voulut, selon son droit, savoir où en étaient les affaires. Il s'adressa donc à Cabrera, qui pour toute réponse se plaignit d'avoir |Tërdu sa confiance. Le roi, sans se rebuter, lui fit observer que les pouvoirs dont il l'avait investi et dont il jouissait depuis huit mois, étaient la plus grande marque de confiance qu'un roi pût donner à son sujet. Le prince ajoutait : « Je crains qu'il y ait entre nous un malentend^u, tu peux m'indiqiier l'endroit où nous pourrons nous expliquer ensemble ; et pour te prouver combien j'estime tes
services, je t'envoie le collier de la Toison d'or qu'ont porté mes aïeux. » Cabrera répondit par l'envoi de sa démission.
» A la suite de cet incident, Charles VII réunit à Vevey les représentants des provinces. On y lut toute la correspondance échangée entre le roi et Cabrera, et les députés, à Vunanimité, conseillèrent au roi d'accepter la démission du général. Celui-ci n'assistait pas à cette réunion, comme l'affirme le reporter du Figaro, mais ptait tranquillement à Londres.
» 3° Il est Absolument faux que l'introduction de tout autre journal que VUnion et VUnivers soit interdite dans les provinces soumises à Charles VIL M. Cabrera ou son interprète n'aurait-il pas confondu les façons d'agir du gouvernement légitime avec celles du ministère d'Alphonse XII, à Madrid ?
» Au fond, tout le monde connaît, aussi bien en France qu'en Espagne le vrai motif de la défection de M. Cabrera. C'est le refus de Charles VII d'abdiquer au profit de l'ex-général, pour n'être plus entre les mains de ce nouveau prince qu'une marionnette révolutionna.' re.
» Veuillez agréer. Monsieur le rédacteur, l'assurance de ma considération distinguée.
» TiRSO DE OlAZABAL,
» Comte d'Arbelaiz. »
P. S. à M. d'Aulnay. — M. d'Aulnay, confident de M. Cabrera, termine en ces termes un article où il nous semble un peu perdre la tête.
« M. Veuillot n'a pas une bonne inspiration quand il reproche au général Cabrera d'avoir « des confidents de cette sorte ». Il n'y a pas que les généraux espagnols qui content leurs affaires aux reporters du Figaro. Il y a aussi les journalistes dévots en quête de bons repas et de cabinets de restaurants confortables et en vogue. M. Veuillot peut manquer de délicatesse dans le choix de ses moyens d'informations,
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c'est habile, au moins. Mais manquer de mémoire, clpst imprudent et maladroit. »
M. d'Aulnay m'est à peu près connu. Je l'ai reçu à diverses reprises au journal. Il m'a dit des choses qui m'ont intéressé sur sa profession et ses industries. Je lui en ai dit d'autres qui ne l'ont pas autorisé à penser que je voulusse devenir son ami. Je l'ai néanmoins engagé à croire en Dieu, mais, j'en ai pe;ir, sans succès. S'il croit que j'ai ajouté des confidences dont je puisse me sentir embarrassé, je l'autorise à me tr;ahir. Il devra, toutefois, éviter les doubles sens et tout ce qui ferait supposer qu'il m'ait rien dérobé. Je mets des limites aux excès de la plaisanterie.
Je veux bien être accusé par lui d'avoir publié un papier volé, et d'ailleurs imprimé, ou d'être l'assassin des Espagnes ; je ne veux pas qu'il me fasse soupçonner de trop d'intimité avec lui.