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V. — LE Français pleure venturini

12 avril 1875.

Le Français n'est pas absolument glorieux du destin de son pauvre Domenico Venturini, dont il avait tant espéré. C'est ce que nous avions prév^u et ce que nous comprenons très bien. On lui casse cette bonne pièce; après l'avoir laissé entrer, on la met dehors et même on balaie la place qu'elle avait occupée ; il faut avouer q|ue cette exécution a quelque chose de pénible, et que la. situation est difficile à réparer. Il s'y essaie, mais avec pieu de grâce et encore moins de succès. Dans le fait, son homme est invite à sortir, ou plutôt il est déjà sorti sans invitation. Voilà le point gênant. A la place du Français, nous parlerions d'autre chose. Il montre trop sa peine ; c'est

une chose contraire à l'art et qui ajoute beaucoup à l'ennui naturel q^ui suit un coup manqué. Que sert d'aller partout crier à pleins poumons qu'on est vexé et qu'on enrage ? Les gens le voient bien sans qu'on le dise. Apprenez l'art d'être vexé, vous êtes dans un chemin où les occasions ne manquent pas. Si vous ne pouvez pas vous déprendre d'espérer trop vite, sachez du moins tenir contenance et faire bonne mine à mauvais jeu. Si Venturini n'est plus, criez : Vive Dôme ni co ! ;et trouvez-lui un autre endroit.

Le Français cherche mille exph cations à son désastre. Il n'en aurait qu'iune bonne, ce serait de se taire, c'est la seule dont il ne s'avise pias. Toutes, s'uivant l'usage, manquent soiuverainement d'aménité. Son fort est d'être sans charme. Il veut croire que nous avons terrifié le journal romain pour l'amener à expulser le triste Venturini, et que Vexeat donné à cet écrivain fameux n'est qu'iune politesse pour nous, d'ailleurs vaine, amenée piar nos conjurations puissantes. Il doit pourtant bien savoir que ces sortes de conjura^ tions échouent volontiers ; il en a essayé. Ce qui est certain, c'est que M. Venturini est quelqu'un qui n'a pas l 'honneur d'être rédacteur de VOsservatore romano, et sans aller chercher midi à quatorze heures, le Français est fixé là-dessus. Or, il importait à sa thèse que M. Venturini fût de VOsservetore, et VOsservatore ne veut pas.

Ce qu'il y a de plus piquant, c'est que le Français, lorsqu'il faisait cette belle Idéfense, ne connaissait pas la seconde note de VOsservatore, reproduite hier dans VUnivers. Il la connaît maintenant. L'énormité de la mésaventure devient tellement épique que nous, en avons nous-mêmes une sorte d'embarras. Quel appendice pour un journal fier et généralement muni d'une cravate blanche ! Nous l'engageons à s'esquiver tout doucement, changeant de conversation, comme si de rien n'était.

" VIE d'à. COCHIN " ET L' " OSSERVATOEE ROMANO " 329

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