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VI. — PIÈCE EN 5 ACTES

13 avnl 1875.

L'histoire du Français et de l'homme de lettres Venturini est fantastique. Le Français trouve quelque part, sur les bords du Tibre, ce noble inconnuy plein d'un zèle rare en Franco pour M. de FaUo;UX, pour M. Cochin et pour lui ; il s'ensuit, nous ne savons pourquoi, un article plein d'injures grossières contre nous, qui s'introduit, nous ne. savons comment, dans un journal romain considéré et jadis officiel. L'article arrive à Paris. Il est traduit et commenté par le Français en grande pompe, répété par VTJniotf de rOuest, colporté dans les cénacles catholiques libéraux et déclaré événement. M. Cochin est canonisé, M. de Falloux béatifié, le Français vénérable ; VUnivers, « vil détracteur », est mort. Tels sont les décrets de M. Venturini dans VOsservatore romano « dont on connaît les relations avec le Vatican. » — Premier acte.

Au nom des lois les plus saintes, VUnivers est sommé de reproduire l'article de VOsservatore, Le Français e|t VUnion de VOuest veulent absolument savoir ce que nous pensons dju style de M. Venturini. M. l'abbé Morel, compris d,ans les « vils détracteurs », s'impatiente et menace de déférer au tribunal de l'Index sa Suite de la Roche-en-Brenil et VAugustinus de M. de Falloux. L'Univers prend la chose moins au sérieux. Il opine qu'on s'abuse sur M. Venturini, que VObservateur romain n'est pas d;u tout officiel, et qu'en somme son jugement ici n'a pas ;une importance dogmatique notablement supérieure à celle que pourrait avoir sur le même sujet !un article de VObservateur champenois. Feu et flammes du Français, qui

trouve q'u'iuii article remarqué par lui devrait obtenir plus de considération et exciter plus d'alarmes. L'Z7- 7iivers se rendort. — Second acte.

Huit jours se passent, l'affaire est immensément oubliée ; tout à coup elle se réveille. L'Observateur romain arrive et déchaîne une péripétie. Il a lu l'article Venturini, il a lu celui de M. l'abbé Morel, il a lu le nôtre, et il a vu et saisi le serpent. De là un court mais complet désaveu. Un honnête homme q;ui saisit un serpent l'expulse et en fait part à ses amis mordus, e^i leur exprimant son regret du mal que le reptile a pu leur faire : Je ne savais pas que ce fût un serpent ni qu'il vous jouerait ce mauvais tour ; je^ l'ai chassé, et maintenant ma maison est sûre. Malgré l'accident, vous ^avez bien qu'elle n'a jamais cessé de vous être amie ! Quoi de plus simple ? Nous rions de l'aventure et nous la contons au Français. Nous le devions, ne fût-ce que par égard pour l'honorable journal romain. — Eh bien, et votre Venturini ? voilà donc qu'il n'est pas rédacteur de VOsservatore ? A votre tour, qu'en pensez-vous? et que croyez-vous qu'il pèse? etc., etc. — Troisième acte, tout entier comique ; la 'pièce semble finie.

Le Français se retourne comme il peut, c'est-à-dire fort mal. Ses raisonnements sont pleins d'incohérence. Il se flatte d'expliquer tout, mais n'est sûr de rien. Sa cravate blanche est désempesée, il lui échappe des paroles plus grosses qu'il ne sied à un homme sérieux ; il va jusqu'à nous accuser de calembredaines, mot tout à fait du style bas. Enfin, il conte, trop longuement, que le désaveu de l'innocent Venturini n'est qu'une feinte politesse arrachée au directeur du journal romain par la terreur que nous avons su lui inspirer 1 Ceci est peut-être flatteur pour nous, car enfin, à défaut de sentiments plus doux, il est encore assez beau 'd'inspirer la terreur. Le Français a so'uvent roulé les yeux sans pouvoir en arriver là ; mais à regard du journal romain, cette supposition est tout à fait impolie, et le Français se montre ici fort mal

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élevé. — Quatrième acte, tragi-oomique. La pièce devrait être finie.

Elle ne l'est pas. Presque sans qu'on ait le temps de baisser le rideau, un alutre numéro de VOsservatore arrive, apportant une autre note plus grave, plus courte et plus explicite que la première. Cette fois, Venturini à l'état de fantôme n'existe plus que pour tourmenter le Français. Ce n'est pas Venturini, c'est la conscience vengeresse. Le Français n'ose plus reproduire le journal romai;n ; il se borne à l'analyser, mais avec quels frémissements, avec quelles contorsions de douleur, avec quelle rage, avec quel désespoir !... 0 Venturini que j'aimais tant ! ô Venturini que je ne verrai plus ! ô Venturini dont j'ai peut-être voulu trop me servir ! ô misérables Romains qui avez peur de VUnivers ! Oh ! oh ! oh !... — Cinquième acte. La pièce finit dans ces cris et dans ces larmes.

Telle est l'histoire du Français et de Venturini, auteur d'un article dans VOsservatore romano, « dont on connaît les Relations avec le Vatican. » Elle prouve qu'il ne faut pas vendre la pea'u de l'ours avant de l'avoir jeté par ierre. Excusez les fautes de l'auteur.

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