DANS VINGT ANS, DIEU VERRA BEAU JEU
science; mais celle-ci plus profonde, plus entêtée, plus folle, plus meurtrière, et la voici bientôt plus répandue. Garo, pour placer sa littérature, vend de la science à la chopine dans tous les débits de vin, et la science est plus frelatée que le vin. C'est la mode d'en boire. Il y a des cabarets de science pure, d'où le vin est exclu. Les habitués ne consomment que de la science; le vin est trop cher et ne saoule pas tant. Voyez-les sortant de là pleins d'une ivresse qui ne trébuche pas, qui ne chante pas, et qui ne se dissipe pas. Bientôt ils sont empoisonnés à jamais; cette ivresse est mortelle. Ils haïssent Dieu et les hommes inguérissablement.
Tout à l'heure, irrités de toujours tout vouloir et de ne pouvoir toujours rien, leur folie s'indignera contre la limite au delà de laquelle elle croit voir l'ombre de son désir et l'assouvissement de sa haine; ils voudront la franchir, ils donneront un coup de tête... dans le mur.
Et nous, puisque nous ne pouvons les arrêter, puisque leur volonté obstinée nous écarte, puisque leur folie nous méprise, puisque leur brutalité nous écrase après tout, qu'ils fassent comme ils ont résolu : nous le voulons bien. Leur monde est fatigant et bête, et l'on peut se consoler d'en sortir chassé par eux, plus aisément que d'y rester avec eux. Ils en ont trop proscrit le blé, ils y ont trop multiplié le gland, ils ont placé trop haut les citrouilles, ils parlent une langue qui sent trop le navet.
Qu'ils obligent Dieu de les ramener à la sagesse, de corriger les difformités dont ils ont affligé l'esprit de l'homme et de nettoyer le monde des ordures dont ils l'ont sali !