‹ Derniers mâelangesChapitre 132 sur 208 · DON CABRERA REPARAIT · texte numérisé non relu

DON CABRERA REPARAIT

30 avril 1875.

M. Cabrera passe une partie de son temps à causer avec les reporters. C'est le seul moyen qu'il ait trouvé de remporter des victoires, depuis qfu'ayant trahi son roi il a trahi aussi sa renommée et ruiné sa gloire du même coup. Sa gloire paraissait solide, mais elle reposait sur les œuvres de son bras, non sur son âme et sur son cœur, et il l'a plus solidement démolie. On s'afflige de le voir, dans ses relations avec les reporters, s'acharner à compléter une œuvre de des truction: si entière et si parfaite. Jamais aventurier heureux ne s'est plus obstinément cru un grand homme et plus appliqué à se montrer peu digne des erreurs de fortune et d'opinion qui l'avaient élevé si haut. Tout de suite, après la mésaventure de sa proclamation] aux carlistes divulguée inopportunément, nous l'avons vu se carrer devant le genre humain, représenté à ses yeux par un employé du Figaro, et se flatter qu'il allait encore émerveiller le monde. Il passait au ridicule et ne s'en doutait même pas. — Tout à l'heure, disait-il, reniflant les hommages de l'envoyé de M. de Villemessant, on saura ce que vaut Cabrera I Depuis ce temps-là, le monde a appris que Cabrera lui-même était arrivé à Bayonne, portant le reste de

ses ballots éventrés, et qu'il avait conquis l'adhésion

de (1).

Il est encore à Bayonne, causant avec le correspondant de la Gazette de la Croix, et par celui-ci nous connaissons Fentretien. Le correspondant cite textuellement les paroles de son interlocuteur, ce qui ne signifie pas que celui-ci lui ait dit la vérité, ni même qu'il sache ce qu'il fera. Cependant Cabrera ne paraît plus si fier. Il se plaint du mauvais tour que VUnivers lui a joué en corrompant les ouvriers de l'imprimerie où il fabriquait ses manifestes. Il a cela sur le cœur. Il paraît que cet excellent philanthrope, qui préparait son' coup en grand secret, a maintenant horreur des ruses de guerre, et que pour lui il n'aurait jamais pris un caisson ou un homme à l'ennemi sans le prévenir et sans se munir de son aveu. On sait que nous n'avons corrompu personne ; on est venu chez nous nous apporter son secret. Est-ce qu'il prétend que nous sommes forcés de garder ses secrets quand il les a laissés traîner ? Sommes-nous dans l'obligation de laisser assassiner nos amis quand le hasard bienveillant nous apprend que le complot en est formé ? Ne prenons pas garde à cette mauvaise humeur de renard qu'une poule aurait pris, et écoutons M. Cabrera parlant à la Gazette de la Croix :

« On parle de ma rentrée en Espagne; quant à présent je n'ai pas cette intention. On raconte tant de choses sur mon compte gui sont erronées que je ne fais pas non plus attention à ce qu'on dit sur mes relations avec l'armée. Je ne suis qu'un simple particulier. Je ne demande pas un maravédis ati gouvernement. Je n'agis que par pur patriotisme, et Dieu merci j'ai assez à vivre. Je n'ai qu'une seule intention, c'est de rendre ma patrie à la paix. La manière dont j'ai l'intention de le faire ne regarde que moi. Je peux vous dire

1. Il y a là une lacune que nous n'avons pu combler. Les numéros suivants de VUnivers ne contiennent pas à' erratum à ce sujet.

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