LA VOYANTE LOUISE LATEAU
1er jnai 1875.
M. le docteur Imbert-Gourbeyre nous adresse la lettre suivante, à propos d'un rapport de médecin concernant Louise Lateau, de laquelle s'occupent à différents titres, les savants et les curieux. M. Imbert est lui-même auteur d'un ouvrage savant et intéressant sur cette femme célèbre, atteinte ou favorisée d'une maladie qui sort tout à fait de l'ordinaire et qui donne à la science des ennuis dont elle ne paraît pas près de voir la fin. Il annonce un nouveau travail auquel l'attention des gens sérieux ne manquera pas, si comme nous l'espérons, il est digne du premier. Le point de vue où il se place et sa résolution de se renfermer dans l'exacte observation des faits, nous paraissent le seul moyen de procurer la lumière. Ce ne sont pas des imaginations et des conjectures plus ou moins scientifiques qui feront faire un progrès dans l'étude de ces mystères; mais la loupe, le compas et surtout la bonne foi. Il y a des belges naïfs, des français ingénieux et des allemands profonds, qui comptent qu'à force d'esprit, ils renverseront l'Eglise par le moyen de Louise Lateau. L'Eglise n'a besoin que de la vérité; Louise Lateau ne lui est pas nécessaire. Tout ce qui n'est pas la vérité est contre l'Eglise, et tout ce qui est la vérité est tôt ou tard pour
elle, en dépit du Belge, du Français et de l'Allemand. Toutes les œuvres, tous les événements, toute la science du monde ne sont q\ie les épisodes d'une enquête infinie et éternelle, qui prouve que l'Eglise est l'œuvre de Dieu. Le monde veut se prouver le contraire; il mourra de cette manie, et sa fin, prédite par les livres sacrés, lui prouvera qu'il est sot et qu'il avait toutes les raisons de n'en pas douter.
Voici la lettre de M. Imbert:
« Mionsieur le rédacteur,
» Le rapport du docteur Warlemont sur Louise Lateau met toute la libre pensée en liesse : il n'y a pas matière.
» Je viens de lire la brochure de mon confrère belge, et je déclare que la science est loin d'avoir parlé par sa bouche.
» Prière aux journaux qui chauffent le rapport en question de ne pas abuser de cette phrase creuse et stéréotypée : La science a parlé!...- Je demande laquelle. La belge? Voici ce que j'en pense :
» Au point de vue purement médical, l'œuvre du docteur Warlemont est des plus médiocres. L'auteur ne peut pas être pris pour un pathologiste sérieux; de plus, il manque de bon sens scientifique et même de bonne foi.
» De tout quoi je compte fournir la preuve, en publiant plus ou moins prochainement une réfutation de son rapport.
» J'ai vu et étudié de près deux stigmatisées, Louise Lateau et Palma. Pour la seconde fois, je viens d'en visiter une troisième encore plus remarquable.
» En outre, des documents positifs me sont envoyés sur d'autres stigmatisées. Je puis donc parler en connaissance de cause, et je n'hésite pas à dire bien haut que la médecine est impuissante à donner une explication naturelle des faits extraordinaires présen-