‹ Derniers mâelangesChapitre 135 sur 208 · LA VOYANTE LOUISE LATEAU · texte numérisé non relu

LA VOYANTE LOUISE LATEAU

tés par des compatientes de la Passion du Sauveur. Son rôle doit se borner à constater l'absence de toute supercherie, à bien observer tous les phénomènes, j)uis à avouer positivement rimpossibilité où elle est d'en donner la raison à moins de tomber dans des explications ridicules et saugrenues.

» Dans mon livre sur les stigmatisées^ j'avais répondu d'avance à la thèse de M. Warlemont. Il me cite, mais se "garde bien de reproduire mes arguments et d'y faire face. Je compte le ramener à la véritable question et apprendre aux journalistes de la libre pensée qae cette science qui a parlé, aurait mieux fait de se taire pour son honneur et par respect pour la vérité.

» Veuillez agréer, je vous prie, etc..

» 27 avril 1875.

» A. Imbert-Gourbeyre, » Professeur à l'Ecole de médecine de Clermont-Ferrand. »

2 mai 1875.

Notre excellent collaborateur, M. Serret, ayant pris plaisir à an ouvrage de Dickens, s'est laissé entraîner à louer son Anglais et l'Angleterre plus que ne le conseillerait la connaissance exacte du pays et de rindividu. C'est du moins le sentiment d'une de nos lectrices, Française étrangère et femme de toute distinction, qlui n'a pu se tenir de nous en écrire quelques mots. Elle a longtemps habité l'Angleterre, elle en connaît les détours. C'est un « grand pays », comme parlait feu Guizot, mais ce n'est pas le pays de ses rêves. Il y a en Angleterre comme ailleurs les mœurs des livres et Les mœurs des gens, q^ui ne sont pas exactement les mêmes; il y a aussi, toujours comme ailleurs, les auteurs tels qu'ils se montrent, les auteurs tels qu'on les voit, et les auteurs tels qu'ils sont, et c'est encore différent. Dickens, au complet et au réel, n'a pas charmé notre lectrice autant que notre collaborateur. C'était, selon elle, un homme et un écrivain assez peu digne d'admiration. Sans nous prononcer sur des questions où nous sommes peu compétents, il nous semble qu'elle n'a pas tort. L'Angleterre est une nation divisée comme toutes les autres. Il y a deux Angleterres qui ne se ressemblent pas et qui ne s'aiment pas : la vieille Angleterre, qui

meiurt, la jeune Angleterre, qui ne vivra pas et ^e mûrira pas. La question est de savoir si la vieille renaîtra ou si la jeune la tuera avant de périr ellemême. Ce qui est certain, c'est qu'elles ne vivront pas ensemble. Il faut que le principe de vie absorbe le principe de mort, ou que le principe de mort tue le principe de vie; après quoi, n'ayant jamais eu de vie morale, et sa petite provision de vie animale étant épuisée, il succombe, et ce qu'on appelait encore un peuple, n'est plus.

Quant à Dickens, il fut, si l'on veut, un écrivain de grand talent. De ces talents-là, très applaudis de la foule et chers a^ux riches oisifs qui veulent être amusés à tout prix, il y en a toujours trop. Malheur aux peuples où ils se multiplient! Leur grand mérite est d'être ingénieux à détruire et de paraître originaux et audacieux. Nous avons eu en ce genre Voltaire et Proud'hon. Un siècle tout entier a appartenu à Voltaire, et Proud'hon est venu ensuite. Ils ont été bien amusants et nous sommes morts de rire ! Voltaire a été sérieux; Proud'hon, dans sa Correspondance, avoue qu'il s'est moqué de nous, et qu'il n'a su ni ce qu'il voulait ni ce qu'il disait; mais c'est fait tout de même. Dickens nous semble un beau mélange de Voltaire 'et de Proud'hon, qui a pareillement réussi. Ce merveilleux humoriste a emporté ce qUe la jeune Angleterre avait conservé de l'ancienne vérité, c'est-à-dire du principe de vie. Pour qu'elle ne meure pas, il faut que l'étincelle catholique redevienne Un foyer et la dévore. Ainsi soit-il!

Nous laissons parier notre lectrice.

«... Je voudrais bien ne pas faire de peine à M. Serret, dont les articles me font toujours un très grand plaisir. Mais d'un autre côté, il me déplaît que VUnivers prône l'Angleterre et ce Dickens, le radical, le socialiste enragé, l'ennemi ignare et forcené du cathohcisme.

» On doit avoir surpris la religion de M. Serret. Les

Anglais ne sont point ce qu'un vain peuple pense. Nulle part, les liens de famille ne sont plus relâchés; nulle part la dignité paternelle n'est plus méprisée; nulle part l'indépendance des enfants n'est dans l'occasion plus brutalement affirmée.

» Les livres de Dickens ont caressé cet esprit permanent d'insurrection. Ses pères et ses mères sont toujours ridicules, imbéciles ou scélérats. Dans tous ses romans règne la haine de toute autorité et de toute supériorité. Jamais la religion n'intervient; si un personnage apparaît avec quelques dehors de dévotion, c'est toujours un hypocrite.

» Dickens s'est séparé de sa femme; un de ses fils s'est brouillé avec lui; je ne sais ce que le reste est devenu. Il me serait facile de le savoir si cela vous intéresse. Mais à coup sûr, ni lui, ni ses livres n'ont prêché les vertus de famille.

» Rien n'est plus inexact que de vanter le respect des Anglais pour leurs pères et mères. Il y a du formahsme. On dira : « Monsieur et Madame » en leur parlant; mais derrière, ou entre frères et sœurs, on dira : « la vieille, le vieux, le gouverneur », on rira d'eux; on se confiera qu'on les déteste; on donnera, sans le moindre scrupule, des post obit pour calmer un créancier ; on se mariera sans demander leur consentement. Une jeune fille à laquelle on fera des observations sur la moralité de l'homme qu'elle veut épouser, dira à son père : « Si voua, ajoutez un mot, je sors de la maison pour n'y plus rentrer. » L'Angleterre a conservé le droit d'aînesse et la liberté de tester; seul frein qui demeure encore : aussi Dickens et ses émules ont-ils travaillé à l'enlever. Vous n'ignorez pas qu'il était le fondateur et l'unique rédacteur du ÎDaily News, un des plus mauvais organes de la démagogie.

» Je traduis ici quelques lignes empruntées à sa Vie publiée par Forster.

» Voici son opinion sur le Saint-Bernard :

« Quant au couvent et aux moines, c'est un de ces

contes bleus auxquels nous avons été habitués à croire dès notre enfance.

» La sentimentalité malsaine des Français et les chiens en ont fait t^oute la renommée. C'est une réunion de gens paresseux qui n'ont pas grand désir de sortir eux-mêmes, et qui envoyent leurs serviteurs pour déblayer la route. Ils sont riches et font un métier lucratif en tenant leur auberge ; car le couvent n'est pas autre chose qu'une taverne ordinaire sans l'enseigne. On ne vous présente pas la note, c'est vrai, mais il y a un tronc dans la chapelle, où les voyageurs déposent une offrande plus considérable que n'oserait demander le plus exigeant des aubergistes. '

» Quant au dévouement qui leur fait embrasser cette vie, il n'est pas très admissible. Le climat est rude, il est vrai, mais les moines ont le temps de pouvoir s'y faire. L'existence y est d'ailleurs plus variée que dans un autre couvent. Ajoutez au passage continuel des voyageurs en été, une visite à Genève et à Lausanne, afin d'y mendier, et on voit que cette existence ne manque ni de diversité ni d'agréments. »

» Dickens était en Suisse pendant les années qui précédèrent le Sunderbund, et déjà plusieurs émeutes partielles faisaient présager la révolution:

« Vous comprenez, écrit-il, que toutes mes sympathies sont avec les radicaux. Rien n'est plus juste, mieux fondé que leur exécration du catholicisme, cet instrument de dégradation mot aie. Si j'étais Suisse et possesseur de 100.000 francs de rente, je serais aussi déterminé contre les cantons catholiques et la propagation du jésuitisme que le meilleur de leurs radicaux, car la diffusion du catholicisme est le plus horrible moyen de dépravation morale et sociale qui existe au monde. »

» Il y en a plus long, mais c'est assez pour vous désabuser des mérites de cet homme. » '

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