III. — SOUSCRIPTION PERMANENTE POUR LES UNIVERSITÉS CATHOLIQUES
1^1' septembre 1875.
Nos lecteiurs suivent avec un immense intérêt les travaux préparatoires de l'établissement des ,umversités catholiques. Le plus difficile est fait, mais tout n'est pas fait, et ce qui reste à faire demandera de constants et généreux efforts. On peut croire que pendant quelque temps les dépositaires de la puissance publique, en cela comme en beaucoup d'autres choses fort peu d'accord avec la volonté du pays, ne s'occuperont qu'à nou^^ nuire. N'ayant pu refuser la liberté d'enseignement, ils tâcheront de la détruire ; tout au moins s'efforceront-ils d'en entraver l'essor et d'en empêcher le progrès. 'L'Etat est laïque, disait M. Guizot, faisant en un seul mot la synthèse de son système et de la Révolution. A ce mot, qui n'est nulle-
ment synonyme d'unanimité, ni de triomphe, heureusement! ni de gloire, hélas! on peut en ajouter un autre, non moins malheureux : l'Etat n'est pas seulement laïque, il est universitaire dans toute l'âpreté et l'étroitesse du vieux sens. A l'égard de l'enseignement public l'Etat n'a pas cessé d'être le vieux bureau de l'Université de France, césarienne, philippienne, républicaine, tout ce que l'on voudra, mais au- fond laïque, c'est-à-dire ennemie essentielle de l'enseignement catholique. Il faudra du temps pour qu'il se résigne à n'être que bon et impartial voisin.
C'est au peuple chrétien qu'il appartient de soutenir les universités libres, lesquelles sont en un sens les vraies luniversités séculières, et de les faire vivre en présence de cette université laïque de l'Etat dont le dogme et la religion sont de n'avoir ni dogme ni religion. Il doit résoudre une question devenue maintenant capitale. Les universités catholiques ont le droit, il faut qu'elles ,aient le pain. Quarante-cinq années de combat ont enfin emporté la question d'existence, il faut pourvoir à la question d'argent.
Le grand ^obstacle est vaincu, les grandes difficultés restent : elles sont sans nombre. La patience et la persévérance ne manqueront pas, nous avons la prière et nos évêques; mais il faut aussi de l'argent, c'est l'affaire des fidèles. Sans attendre qu'on leur en demande, ils se hâteront d'en offrir.
Nous ouvrons aujourd'hui une souscription pour les universités catholiques, afin que chacun puisse contribuer, selon ses moyens et même au delà de ses moyens, à cette œluvre de régénération et de salut. Elle occupe le premier rang parmi les œuvres, et ne cède le pas qu'au seul Denier de Saint-Pierre. Tout de s:uite après le Pape, qui est le grand maître d'école d;u monde, l'enseignement catholique. Les catholiques de France n'ont pas de plus grand intérêt. La bonne œuvre que nous entreprenons fera le profit de toutes
LA LIBERTÉ DE l'eNSEIGNEMBNT SUPÉRIEUE 407
les a;utres. Apprendre à connaître Dieu, c'est apprendre à tout donner.
Nous publierons demain la première liste. L'Univers réclame l'honneur de s'y inscrire d'avance pour 2.000 francs.
7 juin 1875.
Nous recommandons aux méditations des librespenseiurs ce fait, près duq;uel ils semblent vouloir passer sans le voir, qjuoiqu'ils ne laissent pas d'en parler souvent.
Il y a deux siècles, dans un petit couvent de France nouvellement bâti, vivait une jeune religieuse d'humble condition, sans parents, sans relations dans le monde, sans littérature et sans rien de particulier, sinon que, comme à beaucoup d'autres religieuses, Jésus-Christ llui aipparaissait, ce qui ne fut une chose bien rare en aucun temps et ne la tirait guère du commun. Malgré ses apparitions, elle réunissait toutes les conditions désirables pour vivre inaperçue et mourir inconnue, comme une goutte de pluie qui tombe du ciel dans la mer. Cependant cette petite religieuse a un© histoire, et son nom, après deux cents ans, fait assez de bruit parmi les hommes. Elle se- nommait Mlle Alacoque. Corneille, Molière, Racine, La Fontaine, Mme de Sévigné, Ninon de Lenclos, Bossuet, Turenne, une quantité d'illustres vivaient de son temps et
n'entendirent jamais parler d'elle. Aujourd'hui, tous ceux qui connaissent ces noms célèbres connaissent aussi le nom de Mlle Alacoque, et beaucoup d'autres encore le prononcent avec vénération qui ne connaîtront jamais ses grands contemporains. Dès à présent, c'est à elle qu'est échue la renommée populaire et impérissable. On peut douter qu'il soit aussi souvent question, dans l'avenir, des hommes qui font maintenant personnage. Croyez-vous que les enfants qui voient M. Gambetta et M. Thiers se souviendront d'eux lorsqu'ils seront hommes? Et nous, nous avons oublié Béranger, et la toile d'araignée commence de vêtir enfin les muses qui furent nos Sévignés.
Ce qui a fait la gloire incomparable, dominante et immortelle de la religieuse de Paray, c'est le rayon que Jésus-Christ jeta sur elle, et la parole qu'il l'a chargée de* redire pour l'amour de rhumanité. Il avait ainsi aimé l'âme brillante de sainte Thérèse, mais sans lui laisser un gage aussi précieux de sa pitié pour les misères humaines. A la dernière apparition, le 16 juin 1675, lui découvrant son cœur sacré, il lui a dit : « Regarde, voici ce cœur qui a tant aimé les hommes. »
Cette parole, adressée dans l'ombre d'un cloître à un seul témoin, n'a pu périr. Le cloître ne l'a pas tendue captive; ayant franchi ses murailles, elle n'est pas morte méprisée sur les chemins du monde ; livrée sans défense aux commentaires ignorants ou méchants des hommes, elle n'a pas été étouffée. Le jansénisme à qui telle portait une atteinte mortelle, a voulu la combattre; il y a perdu isa science, si puissante alors. L'impiété n'a pas mieux réussi. Voltaire s'y est mis en vain. Assurément ce serait faire à Voltaire un honneur immérité que de dire qu'il a senti ou pressenti la force divipe du coup dont l'impiété recevait l'atteinte aussi profondément que l'hérésie. Sa vanité et son ignorance étaient trop folles et trop sottes pour admettre la divinité de Jésus- Christ ou pour croire que Jésus-Christ osât le combattre avec ce dédain.
Quoi ! même en supposant l'existence de Dieu et Jésus- Christ Dieu, une parole obscure dite à une obscure religieuse pour lutter contre le génie de Voltaire! Autant croire à l'ange qui, en Une nuit, tua les deux cent mille hommes de Sennachérib. Voltaire était complètement incapable d'un raisonnement qui le conduisît à croire que le Dieu des chrétiens fût plus sage et plus fort que lui. S'il admettait à la rigueur, académiquement, que Dieu d'une seule parole eût créé le monde, cela était bon à dire en vers et du Dieu académique seulement; mais que le Dieu des chrétiens n'eût besoin que d'une parole, lui aussi, pour borner le torrent de Voltaire, Voltaire, en cela semblable à Sarcey, ne le croyait pas plus qu'aujourd'hui Sarcey. La vision de « Mlle Alacoque » ne lui paraissait qu'une folie christicoïe; il s'en moquait avec sincérité, suivi de tous les beaux esprits de France.
Voltaire et les beaux esprits n'empêchèrent pas le Sacré-Cœur de faire son chemin dans la France et dans l'Eglise, ni le jansénisme, si savant, si grave et si pieux, d'avoir des convulsions et de mourir. L'école de Voltaire contintia ses plaisanteries. Elle fit la Révolution, emprunta ,au jansénisme la constitution civile du clergé, et Dieu, suivant la plaisanterie de Voltaire et de Frédéric de Prusse, vit beau jeu. Voltaire parut vainqueur. La Révolution ne parut pas s'inquiéter beaucoup de « Mlle Alacoque ». A Paris, toujours capitale de l'intelligence. Voltaire était au Panthéon et l'on rendait un culte religieux au cœur de Marat. Tous les jours, sur une place publique, quelques précurseurs des couches nouvelles allaient processionnellement chanter: Cor Marat sacratis si miim, ora pro nohis ! Le cœur de Jésus n'était guère invoqué que d'un petit nombre de guillotinés. Cependant, les soldats de Cathelineau, de Ronchamp, de Lescure, de Charette, le portaient sur leur poitrine. — Ils moururent, dit M. Sarcey. M. Sarcey dit la vérité. Mais q^uand ceux-là furent morts, Hoche conseilla aux généraux
républicains d'aller à la messe, pour en finir, et le Sacré-Cœur resta dans le pays.
L'empire vint bientôt après. Certainement, il n'adora pas le Sacré-Cœur, mais il rétablit la messe, relégua Voltaire et mit au débarras une partie de la constitution civile. On ne remarq^ue pas assez que depuis l'empire, et même depuis 89, la France de Dieu est en reconstitution. Sans doute, la reconstitution est lente, mais pourtant elle s'accomplit. La Révolution s'est faite de 1682 à 1789. Depuis 89 on reconstruit lentement, mais continuellement. Dieu relève pierre à pierre tout ce qiui est nécessaire à la France de Dieu. Que lui importe le reste! Le Sacré- Cœur profite de tout. Lui ne se relève pas : depuis 1675, il n'a cessé de grandir. Tout ce qui est pour lui, croît avec lui et par lui. Tout ce qui n'est pas pour lui, tout ce qui se fait sans lui ou contre lui, tombe. C'est ce qfui nous rend compte très suffisamment de beaucoup de détails qui restent obscurs dans les révolutions subséquentes, et de ces révolutions elles-mêmes. La Restauration )se constitua pour n'avoir pas l'appui du Sacré-Cœur. Elle remit en place beaucoup de révolutionnaires, beaucoup de voltairiens; elle fut très gallicane. Cette renaissance et cette recrudescence de vieux [mauvais fei^ments lui furent funestes. Dieu donna à tout cela un demi-siècle pour mourir ou pourrir. On rappela Voltaire, on eut ce crapuleux Réranger, déshonneur de la France, et cent autres. Les cordicoles « eurent beau jeul » Quatre ou cinq gouvernements périrent de mort violente, de plus en plus honteusement, emportant leurs constitutions si bien faites. Le dernier fera certainement époque. On ne l'accusera pas d'avoir été cordicole. Il y a bien de l'apparence qu'il en périra d'autres et que leurs constitutions mourront aussi. Le Sacré-Cœur résista à toutes ces convulsions, à toutes ces morts, à toutes ces catastrophes, dont chacune lui apporta un accroissement assez promptement visible. On ne peut nier que ce ne soit une dévotion en somme qui se porte assez bien. Pour
nous, sans doute, nous désirons plus, mais nous avons bon espoir et nous sommes contents.
La bienheureuse Marguerite-Marie, « Mlle Alaooque » comme ils disent, est sur les autels; c'est q^uelque chose. Il n'y a pas longtemps, le Sacré-Cœur a repris les armes, et la France a trouvé que ses soldats de Patay ne lui ont pas fait affront. Elle élève au Sacré- Cœur, « pieuse et pénitente, » une église qu'elle veut faire sinon la plus belle, au moins la plus riche de Paris. Du portail de cette église on pourra voir, il est vrai, la statue de Voltaire, mais elle ne paraîtra pas plus grosse et plus grande que la brochure de M. Desonnaz, lequel, avec M. Sarcey, fait présentement la force et l'honneiir des ,anticordiooles. On verra aussi la statue de Jeanne d'Arc, et peut-être celle de saint Louis. On verra encore le gouvernement aller à la messe, par ordre des représentants du peuple, chose qui ne se fait qu'en France. Et l'œil de la foi qui franchit l'horizon noir et perce les montagnes, n'aura pas de peine à découvrir le Pape sur son trône, per Francos. Allons, allons! en dépit des orages, tout va bien, et la reconstitution de la France de Dieu s'accomplit.
La France, regnum Mariae, a reçu du ciel en présent quelques femmes qui ne paraissent nulle part en pareil nombre ni avec le même éclat : Clotilde, qui lui donna Clovis et le Baptême, Radegonde qui lui donna les monastères. Blanche de Castille qui lui donna Saint-Louis, Jeanne d'Arc qui la rendit à ellemême, Marguerite-Marie qui lui transmit le Sacré- Cœur, c'est-à-dire !un ravivement de la Rédemption.
Nous voici au second centenaire du 16 juin, où Jésus-Christ, découvrant son cœur à son heureuse servante, Ifui dit : « Regarde, voici ce cœur qui « a tant aimé lés hommes. » Et le Saint-Père, s'adressant au monde, qui le supplie, lui dicte une prière, pour que « tous » ceux qui voudront se consacrer au cœur de Jésus, » y trouvent un abri sûr, un remède contre les périls » qui menacent les âmes, la patience au milieu des
» épreuves qui assaillent aujourd'hui l'Eglise du » Christ; enfin, dans toutes les angoisses, une con- » fiance absollue et la consolation. »
Nous voudrions savoir comment les libres-penseurs expliquent raisonnablement que la vision de la petite religieuse de Paray-le-Monial, morte depuis deux siècles, ait fait ce chemin.
Pour nous, il nous semble que la prière du Saint- Père est toute l'explication possible, et qu'il n'en est point d'autre qui puisse les contenter. Nous engageons les libres-penseurs à prendre pour guide en cette recherche le petit livre pieux et sans nulle prétention que vient de publier un de nos confrères de la presse belge, M. Guillaume Verspeyen, avocat et rédacteur du Bien public de Gand, homme d'ailleurs fort distingué. Il ne se lance pas dans des considérations scientifiques let théologiques, qui leur apprendraient peu de choses et qu'ils ne comprendraient pas beaucoup; mais il est bon: écrivain, il connaît le temps et il a autant de piété q^ue de bonne foi. Ce sont les meilleures conditions pour instruire et celles qui manquent le plus.
15 juin 1875.
Le 16 juin sera signalé, cette année, par une double commémoration chère aux catholiques. C'est le vingtneuvième anniversaire de l'exaltation de Pie IX et le second centenaire de l'apparition de Notre-Seigneur à la bienheureuse Marguerite-Marie, apparition qui fut l'origine de la dévotion au Sacré-Cœur. Rien n'importe moins au monde officiel et au monde matériel, qui se croit le seul monde vivant. Pour la politique,
pour la banque, pour la littérature, ce ne sont pas des nouvelles, ni même des faits. Singulier monde et singuliers vivants, qui ne voient de sérieux que ce qui n'intéresse pas les âmes! Mais enfin pour nous, catholiques par la grâce de Dieu, qui sommes, à ce qu'il paraît, un autre monde ou d'un autre. monde, ces anniversaires sont grands et dotix, ils parlent à nos esprits, à nos cœurs; ils nous remplissent de respect, de joie et d'espérance, et nous les fêtons.
A partir de demain. Pie IX datera ses actes de la trentième .année de son pontificat. Au milieu des angoisses et des catastrophes, voyant crouler autour de lui son Etat, sa ville, son peuple et le monde, il a dépassé de six ans la plus longue durée de ses prédécesseurs. Une sorte de foi générale, établie sur une expérience de dix-neuf siècles, lui avait dit : Tu ne verras pas les années de Pierre! Lorsqu'il allait les atteindre, les gouvernements et les séditieux ajournèrent leurs plans jusqu'à l'instant prochain de sa mort, et lune cruelle attente fit trembler l'immense famille chrétienne. Quand l'année fatale arriva, il se fit dans le monde une sorte de silence. C'était l'année du concile, la dernière année de paix! La Providence voulut que le Pape pût recevoir en paix la distinction inouïe depuis saint Pierre de sa vingt-quatrième année, et en paix ouvrir le concile. Mais, comme pour annoncer qu'il dépasserait le terme et qu'il irait plus loin, elle voulut aussi le charger d'un nouveau travail et imposer à sa vieillesse des angoisses et des épreuves que sa vie si laborieuse et si troublée n'avait point connues. Cinq années de captivité ont suivi le triomphe du concile. Cette couronne s'est jointe à celle de l'infaillibilité. Ni l'une ni l'autre ne sont nouvelles, et l'on peut dire que tout Pape les a portées de tout temps. Quel Pape n'a été infaillible et quel Pape n'a été de quelque façon captif? Le Pape est le grand docteur et le grand prison^nier de la'Véïrité et du monde; Pic IX se montre sous ce double aspect.
Et le voilà!' L'homme le plus fuguste et le plus
vénéré qui existe, et en même temps le plus maltraité; le plus puissant et le plus obéi, et en même temps le plus insulté et le plus enchaîné. Prisonnier étrange, qu'on ne peut ni oontraindre à mentir, ni contraindre à se taire, ni contraindre à s'échapper; honte et désespoir de ses persécuteurs, amour, consolation et joie de ses enfants !
Dites et faites ce que vous voudrez, il est toujours là, toujours captif et toujours libre; toujours dépouillé et toujours plus puissant qu'aucun de vous; toujours obéi. Vous êtes forcés d'attendre sa mort, qui ne dépend ni de vous ni de lui. Elle viendra, mais à l'heure de Dieu, non à la vôtre, et peut-être renversera-t-elle vos desseins. L'heure où vous souhaitiez qu'il mourût est passée. En tous cas, elle le déHvrera de vous et ne vous délivrera pas de lui. Nous, nous ne serons pas orpheUns. Il aura un successeur de sa tiare, de sa couronne temporelle que vous croyez si bien avoir dérobée, de ses importunes vertus et de son génie, dont vous avouez l'éclat, mais dont vous ne connaissez pas le principe. Un de ceux qu'il a élus pour diriger l'Eglise à sa place, viendra, prendra le gouvernement, et, en suivant sa voie, vous forcera d'obéir. Les hommes comme Pie IX durent plus longtemps que leur vie. Dieu ne permet pas qu'on enterre leur mémoire et leurs exemples; leur souvenir reste vivant et rayonnant sur la tombe où leur corps attend la résurrection. Depuis saint Pierre, un seul Pape a gouverné TEglise, et c'est Pierre lui-même. Plein de leçons sans cesse renouvelées de Jésus- Christ, il les transmet à l'Eghse obéissante, et le monde ne peut se dispenser d'obéir.
Cela peut paraître insensé au monde, insensé et même révoltant; et nous voyons qu'en effet M. Vacquerie, M. Sarcey et beaucoup d'autres, qui d'ailleurs ne font qu'un avec eux, se révoltent hautement. M. Havin aussi se révolta et fit, '^n preuve de sa révolte, une statue à Voltaire, ancien révolté. Frédéric de Prusse, plusieurs Napoléon de France et de l'étranger se
révoltèrent également. MM. Un Tel et Un Tel se révoltaient avant-hier; M. Garibaldi, M. Challemel -Lacour se révoltent encore aujourd'hui. Nous ne nommons pas tous ces révoltés, il y en a tant! Mais ils ne se révolteront plus demain, ou se révolteront autrement, tandis que Pierre, par Pie IX, a fait des lois immortelles. C'est un grand avantage sur le commun des hommes, auquel appartiennent terriblement ces grands révoltés, q^e de ne pas mourir. L'immortel attend le moment où ces lois qui ne meurent pas deviennent trop nécessaires au mortel qui se voit mourir trop vite et trop mal. Alors il veut obéir. Qu'importe que M. Vacquerie et M. Sarcey l'aient défendu dans des écrits tirés à cent mille exemplaires pour cent mille imbéciles? Ils sont morts, leurs écrits sont morts, mais les lois de Pierre sont vivantes et le monde obéit. Ainsi fait le monde, depuis bientôt deux mille ans.
Et demain, vingt-neXivième anniversaire de l'exaltation de Pie IX au suprême pontificat, toute la chrétienté, a genoux devant ses évêques, récitera l'acte de consécration dicté par Pie IX pour le second centenaire de la dévotion au Sacré-Cœur^ parce que c'est Un désir de Pie IX et une volonté de Dieu. Révoltezvous, braves gens ! c'est fait tout de même. Révoltez-vous et, si vous le pouvez, tuez-nous, cela restera fait. Riez, nous rirons; raisonnez, nous raisonnerons, et vous aiderez nos raisonnements. Et si vous parvenez à vous révolter et protester toute votre vie, vos fils et vos neveux plus sages se soumettront, comme nous, nos fils et nos neveux.
19 juin 1875.
Les juifs de la Nouvelle Presse libre font un long article sur la cérémonie de Montmartre. Ces Prussiens
LE SACRB-CŒUE ET LE PAPE 417
sémitiques l'ont rempli de tout le fiel qui peut se trouver dans leur cœur. On y lit .
« M. Louis Veuillot, le fidèle paladin de Mlle Alacoq^e, q!ui a déjà rompu mainte lance en son honneur, s'est chargé d'expliquer avec la précision voulue que l'érection de l'église du Sacré-Cœur à Montmartre ne signifie q'ue le vœu univiersel de vengeance à l'égard de l'hérétique Allemagne.
» La fête du Sacré-Cœur à Paris a un tranchant politique dont on ne saurait nier l'extrême âcreté. En premier lieu, ce tranchant se tourne contre l'Allemagne. Tous ceux qui se consacrent au Sacré-Cœur sont des champions de la papauté, des valets des jésuites, les lennemis jurés de l'empire allemand.
» Le cœur saignant leur sert de symbole de la guerre de revanche, du combat pour leur foi, de la victoire de la race latine sur la race teutonique.
» Pendant qu'ils prient, ils pensent de qlielle manière ils pourraient porter l'assassinat et l'incendie, ad majorem Dei gloriam, dans les pays et les villes hérétiques. Ils ne veulent pas seulement porter malheur à l'Allemagne, mais aussi à leur propre patrie. L'histoire de France, à partir de 1789, leur fait horreur. Qui sait s'ils ne croient pas qu'une nouvelle Saint- Barthélémy serait une œuvre méritoire? Le 16 juin se sont réunis sur Montmartre, non seulement les ennemis de l'Allemagne et de l'Italie, mais aussi ceux de la France. C'est un opprobre pour Paris -que cette fête ait pu se passer dans ses murs. »
Voilà précisément le juif dont nous avons fait il y a quelque temps une peinture qui émut le cœur généreux de M. Sarcey et de quelques autres journalistes attachés à la gloire et à la vengeance d'Israël. Celui-ci a tout à fait H 'accent talmudique. C'est un pur, un preux des anciens temps et qui a bien conservé les sentiments et les coutumes de son peuple. Il y en a encore de ce caractère, ils sont nombreux en
Allemagne et en Italie. Quiconque a un peu pénétré dans les livres rabbiniques reconnaîtra ici leur influence. Ils ont fait des juifs qui détestent encore plus le chrétien qu'ils n'aiment son argent.
Nous profitons de cette manifestation opportune pour renouveler notre avertissement. C'est à propos de paroles analogues et d'actes non moins significatifs que nous l'avions donné. Les juifs en disent trop, en font trop, sont trop arrogants envers les pauvres chrétiens. Ils laissent trop paraître la vieille haine que le Talmud a enracinée si profondément en eux et qui leur fait commettre ces imprudences dont s'effrayent quelques grands juifs plus civilisés. Pour être maîtres de la Prusse, on n'est pas encore maître du monde. En Italie et même en Allemagne, il y a aussi des gens très résolus à ne pas se laisser manger toujours par les juifs. Les Juifs sont les rois de l'époque, mais l'époque dévore tous ses rois. Elle voudra détrôner les rois juifs et riches comme les autres. Alors Israël, fort en vogue en ce moment, aura besoin d'un protectenr, S'il détruit la puissance de l'Eglise, il trouvera peu d'amis et beaucoup d'ingrats. Dans le tabernacle, il n'y a pas seulement des hosties, il y a la clef du coffre-fort, et c'est là surtout ce que les liquidateurs de la fortune européenne veulent aller prendre.
Ces ardents juifs de la Nouvelle Presse libre paraissent en vouloir particulièrement aux catholiques de France, regardant les autres comme gagnés, en quoi ils pourraient se tromper. Ils voudraient que la Prusse écrasât les impertinents qui osent se consacrer au Cœur de Jésus. Leur écrasement prouverait qu'au moins Jésus n'est pas Dieu. C'est très bien, et M- Sarcey dit : Tope ! Mais ils ne considèrent pas que les catholiques de France sont Français, et que c'est une difficulté de les écraser sans endommager les autres. Pour arriver à démolir l'église du Sacré-Cœur, il faudra passer par le jardin de M. Sarcey. M. Sarcey se trouvera catholique en ce moment-là. Quel malheur 1
Ce ne sont pas les catholiques qui rechercheront les juifs, et qui dans l'ordre qui suivra la chute du christianisme se montreront leurs pires ennemis. On aura tué tant de chrétiens pour complaire aux desseins des juifs, qu'alors les catholiques ne seront guère à craindre. Dans ce temps-là on fera surtout la guerre à la banque. Ce sont les vainqueurs du christianisme qui seront à craindre. Tout nom synonyme de richesse sera mal porté en Europe. Juifs, prenez garde à vous !
En ce temps-là, si M. Sarcey doit le voir, il serait capable de se faire un certificat de civisme du bilan de M. de Rothschild, et il ne faudrait pas que quelque reptile de France ou d'Allemagne eût besoin de la peau d'un juif pour se tailler un manteau.
Nous disons que les juifs ont besoin de la papauté non seulement pour vendre des chapelets et des images à la porte des églises, mais pour respirer l'air du temps.
Voici un second extrait de la lettre juive dont il est question dans l'article précédent :
Paris, 16 juin.
La cérémonie de la pose de la première pierre a manqué son but de manifestation grandiose. Ni Mac- Mahon, ni sa famille, ni les ministres n'y ont assisté. Il y avait seulement 60 députés de l'extrême droite. La population parisienne est restée indifférente. Sur ce Montmartre, il y avait une foule d'environ mille personnes, composée de congréganistes, de marguilliers et de pauvres qui émargent aux caisses cléricales.
» Le discours de Guibert, empreint d'un furibond esprit ultramontain {wuthendem ultramontanen Geisse) a été interrompu par des cris de : « Vive Pie IX! » Le tapage de cette foule fanatisée a été tel, que des bourgeois et des hommes du peuple ont pénétré dans Venceinte. La police a été forcée de chasser rassemblée
tout entière. Le duc de Nemours et le duc d'Alençon, qui se sont fait voir avec le cœur enflammé sur la poitrine, ont été siffles par les citoyens. Le fiasco de la fête a causé la plus grande sensation à Versailles. Les royalistes et les cléricaux accusent le gouvernement de lâcheté pour avoir défendu aux fonctionnaires d'assister à la fête. »
Il suffit de citer ces impudents mensonges. Mais nous devons y ajouter ce fait, que naguère encore rentrée de la Nouvelle Presse libre était interdite en France. C'est M. le duc Decazes en personne q;ui, sur la sollicitation des rédacteurs, a levé cette défense, ce dont il les a avisés par une lettre des plus gracieuses, q'ue les journaux ont publiée. On se demande si le ministre des affaires étrangères a voulu favoriser rimportation de nouvelles comme celle dont la dépêche ci-dessus reproduite nous fournit le spécimen.