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LES NOUVELLES COUCHES ITALIENNES

25 juin 1875.

Dans les lettres de notre correspondant romain, on trouve souvent de fortes et terribles esquisses des nouvelles couches italiennes. Ses traits ont paru parfois entachés d'exagération. D'ici à quelques jours, devant le tribunal criminel de Rome, se dérouleront d'abominables tableaux, dont l'exactitude ne pourra pas être soupçonnée. Le document qui annonce et commence cette série est irréfutable; la passion politique n'y entre pour rien. Il n'est ni clérical, ni réactionnaire, ni trop avancé. C'est un acte d'accusation dressé par tin magistrat de l'ordre de choses actuel. Il raconte des faits présents, des crimes dont la justice ne peut se dispenser de connaître et qu'elle ja dû saisir, ou plutôt qui se sont saisis d'elle. Les types nouveatix y paraissent dans leur splendeur. Sur ceuxlà on pourra juger des autres; l'on saura à quels brigands et à quels coquins des pervers plus funestes qu'eux-mêmes onl ouvert la carrière et finalement livré l'Italie. Si l'on veut dire qu'en aucun temps et qu'en aucun pays les brigands et les coquins nq sont rares, c'est vrai ; mais ceux-ci sont des électeurs. Fra Diavolo ne l'était point.

Il s'agit de l'affaire Sonzogno. Nos lecteurs la connaissent, notre correspondant la leur avait contée. Ce

Sonzogno, juif, était rédacteur en chef de la Capitale. Il était radical, ennemi furieux de la religion et du Pape. Il avait parmi ses collaborateurs et ses plus chers amis un jeune Italien, non moins révolutionnaire, nommé Luciani, qui vivait un peu de son patriotisme et de son: éloq;uence, et beaucoup des agréments de sa personne et de ses escroqueries. Sonzogno le vantait extrêmement; il voulait en faire un député. Le beau Luciani, abusant de ses avantages et de l'amitié du juif, lui prit d'abord le cœur de Mme Sonzogno. Plaire aux dames était l'un des moyens d'existence de ce patriote. Sonzogno connut son malheur, en fut touché, et, sans découvrir sa blessure, se mit à décrier Luciani dans son journal presque autant que le Pape. Luciani, de son côté, ne ménagea pas Sonzogno et menaça de l'écraser. Il y avait entre eux divers secrets qui les rendaient redoutables l'un à l'autre. A mots couverts, ils s'accusaient mutuellement de mouchardise, et chacun était cru volontiers. Cependant, Luciani, en dépit de l'hostilité de Sonzogno, avait pu se faire élire député dans une conscription de Rome. L'élection fut annulée, il se représenta. Sonzogno travailla avec ardeur contre lui; Luciani songea à le faire assassiner comme ancien traître. Il s'associa des compères, promit quelques milliers de francs, mit la main sur un homme de bonne volonté, le munit d'un poignard, et ce fut fait. Sonzogno, frappé dans le bureau de son journal, n'eut pas le temps d'achever l'excellent article qu'il composait dans ce moment-là. Malheureusement il s'était débattu et il avaji pu faire arrêter l'assassin. Celui-ci n'eut pas la gracieuseté d'accuser les jésuites. Il nia stupidement, la main tachée de sang et le poignard encore chaud. Les ennemis de Sonzogno étaient nombreux; tous ceux qui n'avaient pas fait le coup demandaient une information sérieuse; il fallut la faire. On arriva sans peine aux compères, et ceux-ci ne firent pas grande difficulté de livrer le beau et pur Luciani.

Cet homme délié et avisé, probablement rompu à

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