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II. — UN ANCIEN CURÉ REÇU FRANC-MAÇON

Il juillet 1875.

Maiisil ue s'agit pas de rire, et nous Voici en présence de quelque chose de plus sérieux que Tragaldahas:

SUE LA FEANC-MAÇONNEKIE 465

c'est la considîérable, la solennelle, l'immense séance de la Maçon. : . où, avant-hier, M. Littré, de l'Institut, fut reçu dans la loge de la « Clémente Amitié », en compagnie de M. Cliavée, ancien curé d'un petit lieu belge appelé Florifou.

Et M. Jules Ferry aussi est reçu, et M. Gambetta aussi est franc-maçon et a parlé. Il a fait cette allocution, « dont aucun de ceux qui l'ont entendue ne perdra le souvenir, » mais qu'on ne se presse pas de faire connaître aux autres.

Et M. About profite de l'occasion pour déclarer que lui encore hante les Loges. Tout finit par se savoir.

En France, nous ne prenons pas la Maçonnerie au sérietix. Ce n est qu'une sorte de guinguette où le peuple de la philosophie va de temps en temps -faire une honnête baffrée, mêlée de chants, danses et discotirs. On dit qu'il porte en ces occasions une sorte de pagne sur le v^entre ayant, au milieu, à peu près au niveau de l'ombilic, un œil brodé en soie bleue. C'est la désolation et quelquefois le repos des petits ménages. L'homme le plus connu de la maçonnerie est le frère Thirifocq. Mais à présent que M. Littré en est, avec l'ancien curé de Florifou, et que M. Gambetta y prononce sa fameuse allocution, cela va changer.

Quelles recrues, quel coup de parti, quel événement! Ils sont embarrassés pour peindre leur allégresse ; l'on croirait 'qti'ils reviennent d'un pèlerinage de cent lieues et de 20.000 hommes. « Littré, dit M. Ab. • ., illustre entre tous les hommes de son siècle, objet de la vénération universelle comme savant, comme écrivain, comme politicien...; Ferry notre chef et vaillant orateur; ChaVée l'aimable et spirituel conférencier!... Ce grand acte remue profondément Paris, Versailles et la province; il fait courir au temple du Grand-Orient des milliers d'hommes de bon vouloir, l'élite du parti républicain, la fleur du libéralisme français, les plus grands orateurs de l'assemblée, les plus brillants écrivains 'de la presse, les meilleurs de partout. »

Il nous semble que oe journaliste se bat un peu les

flancs. Paris ne noais paraît nullement profondément remué par les solennités qu'il raconte, et nous avouons potir notre part que cela ne nous fait rien du tout d'apprendre que MM. Emile Littré, Ferry, Chavée, ancien ctiré de Florifou, Gambetta, About, Thirifocq et une vingtaine d'autres fleurs de science et de pensée sont membres de la F. • . M. • . et rabotent des planches ponr la loge de la Clémente Amitié.

Arrêtons-nous un moment au vé. • ., ancien curé de Florifon, en Belgique. Pour montrer ce qu'il sait faire, il a régalé ses nouveaux paroissiens de la Clémente- Amitié d'un morceau d'éloquence florifolle qui ne le fera pas regretter parmi ses anciens Florifouins.

Nous avons dit comment M. Emile Littré a traité des devoirs de l'homme envers Dieu. M. Chavée, « le spirituel conférencier », a parlé des devoirs de l'homme envers lui-même. Voici un paragraphe de son discours. Nous le prenons à peu près au hasard : autant que nous avons pu le comprendre, il nous semble que tous disent la même chose, et tous certainement sont du même style. Oyez :

« Parmi les lois qui lui imposent des obligations quotidiennes, il en est deux qui dominent toutes les autres, en les résumant : j'ai nommé ces deux grandes lois de solidarité et de développement.

« A n'envisager que les lois de son être sous le rapport de la solidarité des fonctions entre elles et de leurs organes entre eux, que dje pressants devoirs ne lui imposent pas la création et la conservation de l'harmonie fonctionnelle intégrale? Tout ce q'u'on lui a fait connaître en son enfance et à sa puberté des grandes lignes de l'anatomie et de la physiologie humaines, avec leurs corollaires forcés d'hygiène et de prophylaxie, soumet sa conduite de chaque jour à des soins attentifs rigoureusement obligatoires.

« Il arrive même trop souvent, hélas ! que les lois terribles de l'hérédité lui ayant valu quelque disposition ou diathèse morbide, quelque infection du sang,

notre jeune émancipé se trouve astreint en conscience à Un traitement parfois très pénible, très long et cela pour conjurer de graves désordres prévus, d'ailleurs, par la science. »

D*où il résulte avec toute évidence que l'homme soigneux de remplir ses devoirs envers soi-même doit d'abord tous les jours ise laver et peut-être, comment dire ? prendre un lavement. Shoking !

Si cela paraît peu de chose, dites-vous toujours que c'est la conquête d'une longue vie de travail et d'expérience, devant laquelle le pauvre diable ^ oXiblié son Die'u, sion catéchisme et ses paroissien,s de Florifou.

Ainsi, M. Littré;, sur les devoirs de l'homme envers Dieu, a confessé qu'il ne connaît ni Dieu ni l'homme; et celui-ci, iq'ui lest prêtre et qui fut curé, a dit en son galimatias de Florifou ce que l'on vient d'entendre sur les devoirs de l'homme envers lui-même.

Mais que pensez-vous des braves gens qui sont restés à écouter cela,, à l'air du gaz, bouche béante, jusqu'à une heure du matin, sans même se douter qlj'on se moquait d'eux.

Il est vrai qu'ils ont eu « le vrai point de vue » de M. Gambetta et que « c'était un noble et fortifiant spectacle. >>

Sonnez, clairons! célébrez ce « grand acte! »

Mais selon nous, la Fr. • . Mac. • . est une institution dont le principal inconvénient, en France, est d'obliger les vieillards à parler trop longtemps et les bourgeois à se coucher trop tard.

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