IV. M. SARCEY A LA RESCOUSSE
12 juillet 1875.
, M. Sarcey publie un devoir d'orthographe qu'il prétend avoir été dicté dans une école de Frères. L'orthographe en est très bonne et fait honneur à l'élève. Cette qualité, généralement, brille moins dans les collèges de l'Etat. M. Sarcey xi'en fait pas la remarque; mais il s'attaque fort aux idées et aux mots, lesquels ne lui paraissent pas tout à fait assez respectueux pour la franc-maçonnerie, sujet de la dictée. Il y est
dit que la maçonnerie « n'est autre chose qu'un composé d'athées, d'impies, de matérialistes, de rationalistes, de panthéistes, mais isurtout de libertins, de polissons, d'impudiques, etc., etc. » Ce sont des idées libres et des mots q^ui le sont un peu. Nous avouons qu'il eût été plus poli et plus exact de mettre un en général ou un à peu près, pour faire entendre qu'il y a des exceptions. Cette nuance est d'ailleurs marquée : « Le franc-maçon, sauf celui qui ne Vest que par surprise, par ignorance, c'est-à-dire qui ne connaît point à quoi sert cette infâme société, est essentiellement, etc., etc. » Toujours des mots un peu gros et dont :'] vaut mieux s'abstenir dans un salon, mais qui ne diffèrent pas ossentiellement de ceux que MM. About et Sarcey, et beaucoup d'autres qui ne se respectent pas, ont l'habitude d'employer lorsqu'ils parlent des catholiques. Il y en a de ces mots dans le numéro d'aujourd'hui et jusque dans l'article de M. Sarcey.
Suit ;une définition très exacte de la maçonnerie in gloho, d'après ses constitutions : « Le but bien connu de l'infernale société est la négation de Dieu, le renverse:. lent dies trônes, des gouvernements, de la puissance militaire, enfin de toute autorité qui pourrait la gêner, etc., etc. » C'est prér 'sèment ce qUe les journaîux républicains disaient ou indiquaient hier, à l'occasion de la grande fête maçonnique où furent reçus MM. Littré, Chavée et Ferry, et ce que Ton tire des propres discours de ces savants messieurs. C'est aussi ce que l'on doit conclure de l'histoire contemporaine daus plusieurs pays étrangers. Orsini, Mazzini, Milano appartenaient à la franc-maçonnerie; GaribaJdi et la plupart de ses gens sont francs-maçons. On n'est pas encore tenU de les admirer dans les écoles des Frères; et lorsque cette admiration sera imposée, il n'y aura plus de Frères ni d'écoles. Seulement, on pourrait souhaiter qu'à l'égard^ de la maçonnerie française, qui est bourgeoise et policée, c'est-à-dire soumise à la police, les définitions de la dictée fussent
moins absolues. C'est une vérité, que cette sorte de maçonnerie comporte beaucoup de nigauds.
M. Sarcey oublie ces nuances, qui sont sous-entendues, et fait ses commentaires sur la dictée. Bien entendu, il marque le danger qu'elle fait courir au monde moderne, il dénonce les Frères aux haines maçonniques, et s'il est possible à l'autorité.
11 n'oublie qu'une chose : c'est que, jusqu'à présent, le corps du délit, la fameuse dictée, n'existe pas. Il dit qu'il a la pièce en main, et qu'il est tout prêt à nous donner le nom de l'école et la date du devoir. Il peut se faire ce plaisir s'il le veut. Nous ne sommes pas obligés de savoir le nom de l'école et le numéro de la dictée. Bu moment que l'orthographe est bonne, le devoir est bon.