M. ST-GENEST VEUT ETRE PRIS AU SERIEUX
14 juillet 1875.
M. Saint-Grenest dti Figaro nous fait des remontrances longuettes, mêlées de larmes intérieures. On s'aperçoit qu'il est sous le coup d'une déception étonnée. Son désir serait d'être pris ati sérieux, mais il est loin d'imaginer quelle chose malaisée il nous demande. Habituellement il éprouve la joie de l'homme qui ne doute ni de son esprit, ni de son jugement, ni de ses connaissances, ni de sa justice. Il peint l'écrivain avec la félicité de ce sentiment qui ne soupçonne pas la diffictdté d'écrire. Il se voit compétent partout. Qu'est-ce, qu'y a-t-il, que fait-on? Voici! Et il dégoise. Axi milieu de ce beau feu, il peut trouver dtir de se voir écarter comme importun. Il demande justice de cette iniquité, dont il conçoit une douleur im'mortelle.
Faisons-lui raison en considération de sa jeunesse et des égarements où son souci l'entraîne. M. Saint- Genest, q'ui se croit la perfection de l'homme politique, de l'homme d'épée et de l'homme du monde, est simplement un homme d'armes de M. de Villemessant, et non le meilletir. On a jadis aimé une certaine odeur de virginité qu'il apportait tout droit de sa caserne. Mais il commence beaucoup à n'être plus ingénu. Nous le voyons glisser trop rapidement
aux pratiques décriées de ceux qu'on appelle dans la presse et dans l'armée les « vieux pompons. »
Le vieux pompon, personnage dépourvu de fraîcheur, Utilise sans vergogne contre un adversaire tous les lieux communs dont l'usage a fait des loques. Si l'adversaire est Un chrétien, il ne manqlue pas de l'appeler Tartufe ou saint homme; il lui reproche de faire tort à la religion et d'empêcher M. de Villemessant, ou M. Boniface, ou M. Saint-Genest de croire à l'exjstence die Dieu. Il lui impute des paroles qu'il n'a point dites, mais qUe d'autres lui ont imputées; d'avoir choisi d'illustres adversaires et de les avoir appelés « canailles », etc., etc. Voilà une légère idée des tours polémiques du vieux pompon. Il a aussi l'habitude de tenir ses assertions pour des preuves, de citer faussement, de faire des parodies infiniment loUrdies et de croire qu'il a répondu. Il a de l'esprit tout fait comme des preuves toutes faites, et ne se renouvelle que rarement et malheureusement. C'est poUi^qUoi le vieux pompon se voit écarter des discussions comme import;un. En dépit des secrets soucis de son cœ!ur, on le livre au jugement public sans autre forme de procès, et il est exécuté.
Dans ses remontrances, M. Saint-Grenest nous dit tout cela. II en remplit une colonne et demie du journal de l'impeccable M. de Villemessant. Il ajoute un juste tombereau de son sel à lui, et il conclut que c'est là ce qu'il pourrait chaque fois répondre, mais qu'il y éprouve une telle répulsion qu'il ne s'y résoudra jamais. Forme de vieux pompon q^ui veut se piquer de savoir-vivre ! Il s'y est résolu quatre ou cinq fois, croyant toujours astiquer un nouveau fourniment.
Il est vraj qu'on l'avait appelé « cavalier en chambre, » ce qui lui donne occasion de remarquer que son cheval de guerre est tombé sous les balles prussiennes. Nous ne le contestons pas, et nous reconnaissons qu.3 son cheval a bien fait. C'était le devoir de ce cheval de mourir à la place de cet écrivain réservé à de glorieuses fatigues sous M. de Villemes-