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LES FRERES DU TEMPLE

24 septembre 1875.

Il y a deux frères Du Temple, tous deux marins, tous deux capitaines de frégate, tous deux ayant offert leurs services et exercé un commandement avec le même grade pendant l'invasion. Ajoutons qu'ils sont tous deux hommes d'esprit, également nets dans leurs allures, portant la tête près du bonnet et ne se laissant pas marcher sur le pied. Là paraît s'arrêter la ressemblance. L'un est fort catholique et royaliste; l'autre n'est pas moins libre penseur et républicain. Le catholique s'est trouvé un jour, en son absence, sans l'avoir demandé, député de Saint-Malo. Il n'a pas si mal fait à ce nouveau poste. Le républicain s'est offert dans la Nièvre, et il aurait fait sans doute très bien, mais il a manqué le goulet. Pour conclure, on a cru ces jours-ci qu'ils venaient d'être tous deux mis à la retraite; mais le décret n'a atteint que l'aîné; l'autre est toujours capitaine de frégate et député. •

Ces deux frères, qui se ressemblent et diffèrent tant, n'ont pas la même manière de s'apprécier; c'est la plus lamentable de leurs différences.

M. du Temple, le retraité, a écrit à M. About pour l'informer de diverses choses qui ne sont pas toutes d'un vif intérêt. Il y a un passage sur son frère, où

il reproduit avec quelque 'complaisance des commentaires de ce même M. About, et son propre style est trop aboutissant. Puisque la lettre est pour le public, nous nous permettrons de trouver que le passage aurait pu être avantageusement modifié. On est habitué à voir les officiers de marine se distinguer davantage du clair de lune de M. Sarcey, et M. Du Temple le retraité semble trop souffrir d'avoir Un frère qui se livre à l'abomination cléricale.

Par une rencontre bizarre, M. Du Temple le député nous écrivait, dans le même moment que M. Du Temple le retraité écrivait à M. About. Autant pour nous que pour lui nous avons cru devoir supprimer sa lettre. Nous l'aimons et l'honorons de tout notre cœur assurément; mais nous vi^^ons sous un régime qu'il n'a pas considéré d'assez près : Tétat de siège. Nous sommes payés pour y prendre garde. Pourquoi ne pas avouer que nous, sentons le besoin d'être prudents? L'état de siège est toujours tout, nous ne sommes toujours rien, et nous n'avons pas encore oublié la grosse voix du bon général de Ladmirault. A vos rangs! Fixe!

Mais dans sa lettre, notre Du Temple parle de son frère, de même que le Du Temple des autres parle de lui. Cela n'est pas de la politique, c'est de la morale, de quoi le bon général Ladmirault n'est pas du tout ennemi. Nous donnons cet endroit, en désirant qu'il puisse toucher le libre penseur :

« Trompés par la similitude de nom, quelques journaux ont cru que j'étais du nombre des retraités... C'est mon frère, mon aîné de plusieurs armées. Il ne navigue plus depuis longtemps, mais il a^su se rendre utile. Pendant que d'autres battaient la mer inutilement, il tenait tête aux Prussiens, de même que dans l'Eure et à l'armée de la Loire je faisais de mon mieUx pour en faire autant. Il se retire sans récompense, sans sp plaindre. Dans sa générosité native, il ne croit

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