‹ Derniers mâelangesChapitre 180 sur 208 · M. ST-GENEST ET LE LIVEE SUR AUGUSTIN COCHIN · texte numérisé non relu

M. ST-GENEST ET LE LIVEE SUR AUGUSTIN COCHIN

souvent pernicieuses, mais éphémères, et dont la raison générale n'est pas aussi abîmée qu'on le croirait. Elles déterminent une certaine fièvre qui peut tourner à bien. Suivant quelques grands médecins, toute fièvre est chargée d'un travail mystérieux. Il est positif que notre vieille expérience ne s'en épouvante plus. La nature humaine veut que partout où la pauvreté d'esprit est libre et s'exprime par le suffrage universel, elle fomente considérablement d'écumes et de tapages confus. Dans la Bible, nous voyons le prophète Jonas se plaindre, parce que Dieu pardonne aux Ninivites qui se moquent de ses menaces. Dieu lui donne pour raison que la grande Ninive contient plus de six vingt mille personnes qui ne savent pas discerner leur main droite de leur main gauche et un grand nombre d'animaux. Cela ne veUt pas dire que les Ninivites eussent raison de se moqUer de Jonas, ni que cette populace doive tirer le moindre profit de soudoyer tant de journaux qui parlent contre Dieu; mais telles sont les facultés du suffrage universel; Dieu réglera cette affaire en son temps. Il sait attendre, il saura faire grâce aux votants et casser les votes. Quant à ceux qui doivent parler, qu'ils parlent, (fu'ils avertissent, qu'ils menacent; mais Dieu se réserve les armes et veut laisser croître jusqu'à la moisson ce qui ne doit être extirpé qu'au temps de la moisson. Tout cela, sans doute, est pris d'un peu haut pour M. de Villemessant et pour M. Saint-Genest. Que leur importe, et à nous ? Ils pourront avoir le temps de changer d'avis ; c'est ce que nous devons désirer. Que M. Saint-Genest donc fasse sa religion nouvelle ! Il est d'autant plus innocent qu*il ne connaît pas du tout l'ancienne. Il faut aussi lui tenir compte des leçons du Figaro et de celles de l'Université, qui se sont ajoutées à la force de l'instinct ninivite. Il a encore du bon pour un homme de lettres qui a passé par là.

Cette lubie, nous l'espérons, s'en ira toute seule. Quand il en sera tout à fait nettoyé, il pourra dire que deux personnes sont plus coupables de son erreur

que lui-même. Le premier est M. de Falloux, qui lui a tourné la tête avec son livre sur M. Augustin Cochin et qui Ta rendu catholique libéral lorsqu'il n'y pensait pas; le second, c'est le rédacteur de VUnivers, qui a négligé de lire et de réfuter ce livre, où il est démontré que M. Veuillot a assassiné M. Oochin. Du moins c'est ce que M. Saint-Genest y a lu, s'il est vrai que M. Saint-Genest l'ait lu.

Reconnaissons nos torts. Pourquoi M. Veuillot a-t-il négligé de lire un livre où M. de Falloux l'accuse d'avioir assassiné M. Cochin? Il ne devait pas laisser passer cela. Il devait prévoir que M. Saint-Genest, étant capable de devenir catholique libéral, était capable aussi de s'exposer au souffle de M. de Falloux. M. Saint-Genest est un vieux soldat exposé aux rhumes de cerveau et le voici qtii éternue passionnément.

Ce n'est pas pourtant que M. Veuillot soit sans excuse. Il a négligé le livre de M. de Falloux par des raisons qui ne semblent point méprisables. N'en donnons que deux. La première est que M', de Falloux n'est pas un classique, qu'il ne remue pas fortement le monde et qu'il est sujet à de grands écarts d'imagination. « Vous voi*s nommez Falloux » disait à haute voix M. de Franclieu, et la Sagesse avait déjà dit : Lingua fallax non amat veritatem, ce qui est de toute vérité. La seconde raison est plus forte, elle s'applique à tous les livres que les catholiques libéraux ont écrits en grande labondance sur leurs défunts, sentant, comme autrefois les messieurs de Port-Royal, le double besoin de glorifier les morts, et surtout d'écharper les vivants. Or, nous, nous n'éprouvons point ce besoin-là. Nos morts ne sont point vaincus, et les survi\rants du parti contraire ne sont point victorieux. Nous signons des trêves lorsqu'ils le désirent, et nous ne les combattons qu'en cas de grande nécessité, faisant paix à ceux qui ne sont plus. Nous ne nous étions jamais beaucoup défendus contre M. Cochin, notre adversaire intermittent, et nous ne nous souvenions nullement de l'avoir assassiné ; nous désirons ne pas le ramener dans ces

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