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M. ST-GENEST ET LE LIVRE SUR AUGUSTIN COCHIN

combats où le rappelle une passion peu délicate. Il est maintenant dans raccord où nous ne tarderons pas d'entrer. A quoi bon réveiller des souvenirs si légers, et qu'importe, au fond, à M. Veuillot que M. de Falloux l'accuse d'avoir assassiné M. Cochin, après avoir assassiné Berryer, Lacordaire, de Montalembert, Gratry, Perreyve et d'autres, qui sont plus ou moins vivants? M. La Bédollière ajoutait Montesquieu, Mallebranche, Henri III. M. de Girardin mit un jour sur la liste Holopherne. M. Saint-Genest y met Henri IV et le christianisme en bloc, à qui « cet homme » (M. Veuillot) fait « le plus grand tort. » Tout cela me paraît digne des six vingt mille âmes de Ninive et des crimes qu'ils reprochaient à Jouas. Il ne tiendrait qu'à nous de dire à notre tour que M. Saint-Genest assassine M. Veuillot, déjà assassiné par beaucoup de gens, mais à Dieu ne plaise!

Néanmoins, il est certain que si M. Veuillot avait lu le livre de M. de Falloux et avait assassiné cet académicien, comme il en a le droit, il aurait pu mettre M. Saint-Genest en garde contre les énormités où l'expose son goût pour la gloire. Sous ce rapport donc M. Veuillot s'est rendu coupable envers cet innocent. Il ne lui a pas assez crié : « Casse-nez! » Mais ledit innocent en aurait-il su profiter? C'est une grande question. M. Saint-Genest nous semble particulièrement et extraordinairement doué pour ne pas entendre lorsqu'on lui parle et pour parler sans savoir ce qu'il dit. Mais comme, après tout, il est pourvu d'une immunité, n'en prenons pas davantage souci.

Qu'il se fasse lune religion dans le journal des: « petites correspondances » et que cette religion réponde mieux que les allumettes de la régie aux désirs de M. de Villemessant!

MONSEIGNEUR COUSSEAU

14 octobre 1875.

Mgi Cousseau, ancien évêque d'Angioulême, vient de mourir à Poitiers, où il s'était retiré après le concile et la guerre, se voyant malade et incapable de porter plus longtemps le fardeau de l'épiscopat. Il avait choisi cet asile parce que Poitiers, métropole de son diocèse natal, réunissait les deux charmes humains les plus puissants sur son cœur, celui de la patrie et celui de l'amitié. Ce prélat, pieux et lettré, aimait tendrement l'illustre évêque en qui il voyait revivre la dignité, la grâce et>la'd;octrine de saint Hilaire. Entre eux existait cette dilection si forte et si douce dont les traits embellissent l'histoire privée des plus grands hommes de l'Eglise et qu'on ne retrouve guère ailleurs. Voyez comme ils s'aiment! Et cette amitié réciproque les rend plus vénérables l'un et l'autre, comme elle les a faits plus heureux.

Mgr Gousseau était fort érudit et excellent latiniste. Il avait conçu le plan d'un ouvrage historique et littéraire sur les Gaules, ou plutôt sur l'Eglise, à l'époque contemporaine de saint Hilaire. C'était une sorte d'Ana-' charsis chrétien qui, partant de Poitiers, parcourait tout le théâtre de la lutte sacrée, allait à Rome, à Constantinople, dans la Grèce, et jusque dans les déserts, connaissait les héros, lisait les polémiques.

MOÎTSEIGNEUR GOUSSE AU 569

en un miot rendait compte de tout le grand combat, et revenait à Poitiers pour vivre et mourir en combattant. I] aimait à raconter les épisodes variés de cet ouvrage en projet, qui était sa chère et constante pensée et l'occupation caressée de ses loisirs. Mais hélas ! il se donnait peu de loisirs, et lorsqu'il en a voulu prendre, il n'était plus temps. C'était des loisirs que la fatigue et l'âge lui imposaient; il les employait au travail de sa sanctification. Sa vie saintement laborieuse ne devait plus rien au monde ; son âme voulait croire qu'elle redevait beaucoup à Dieu. Nous espérons pourtant qu'il aura laissé quelques fragments, quelques ébauches, et que de tout ce travail de sa science et de son étude quelque chose nous restera.

C'est Mgr Cousseau, dont Rome considérait beaucoup la vertu et admirait beaucoup le savoir, qui a dit au Pape, pendant le concile, ce mot si frappant et si répété : Quod inopportunum dixerunt, necessarium fecerunt.

Mgr réyêque de Poitiers, témoin de la mort de son ami, veut bien nous en donner lui-même la triste nouvelle. Il nous pardonnera de publier sa lettre. Un témoignage de lui est un honneur dont on ne peut priver aucune douleur, aucun regret et aucune gloire.

Poitiers, 13 octobre.

Monsieur,

« Mgr Cousseau vient de s'éteindre à deux heures d'après-midi, après une sorte d'agonie de huit jours, durant lesquels il est resté merveilleux de lucidité d'esprit et admirable de sentiments de piété. Ses obsèques auront lieu ici vendredi matin; son cœur sera porté à Angou]ême, et son corps à Saint-Jovin de Châtillon, son lieu natal. Il y reposera sous le patronage de ce Jovin qui devait être le sujet d'un livre dont nous avons dégusté à Rome quelques épisodes.

» Puisse ce vénérable ami nous prêter aide de làhaut, après nolis avoir tant édifiés ici-bas ! Vous savez

tout ce qu'il était pour moi et ce que je me suis efforcé toujours d'être pour lui. J'ai besoin de penser qu'il n'est point perdu, mais au contraire acquis plus que jamais pour nous. Pïiez pour lui : il était de vos plus intelligents lecteurs, et s'inquiétait souvent de votre santé.

t L.-E., » Évêque de Poitiers. ■>

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