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UN DISCOURS DE M. THIERS AUX ARCACHONNAIS

21 octobre 1875.

Ce n'est pas en ce siècle que l'on peut parler de la difficulté de tromper les hommes. Tout l'art est d'éloigner la vérité. Ils ne croient pas, mais ils gobent. Le pain du mensonge leur est suave, dit la Bible. M. Thiers est le boulanger de France qui prépare le mieux ce pain-là. Il le pétrit, l'enfourne, le débite avec un succès constant. Tlout le pays en a eu maintes fois d'affreuses nausées et de terribles coliques; rien n'y fait. Evidemment ce qu'il y a de plus utile à l'homme d'Etat, c'est une réputation de trompeur bien établie. Celle de M. Thiers date de cinquante ans. Elle est irrévlocable. A l'heure présente, c'est l'homme d'Etat qlii, s'est trompé le plus, mais qui a été le plus trompeur, et qui est le plus trompant. Le discours aux Bordelais d'Arcachon rious semble son chef-d'œuvre. C'est souple, bien jourdi, plus littéraire que de coutume, recouvert d'une pea:u de bonhomme qUi tient presque partout. On est émerveillé quand on songe à l'âge du diable qui parle avec cette fraîche et courante \^oix. Il faut reconnaître qUe M. Thiers, usant de toutes les faciliités grandes d'ailleurs, que lui fait son public, se djonno plourtant la peine de lui badigeonner la harangue. Elle offre une suite logique et des lieux

communs choisis. C'est une pierre blanchie, taillée régulièrement, quelquefois peinte en marbre, et non pas ce moellon brut que laissent tomber du haut d'un balcon de cabaret les Amphions des couches nouvelles.

L'orateur part de ce point, qti'il a été toujours un petit ange, quoiqu'on ait souvent dit le contraire, et que Dieu lui ait refusé le physique de l'emploi. Les Arcachonnais du moment en demeurent d'accord. Le plus fort est fait. — Arcachonnais, vous êtes la France ! — N'en doutez pas. — J'ai délivré le territoire ! — Mais oui. — Je vous ai laissé faire ce que vous vouliez. — Mais oui. — Vous n'avez pas fait la monarchie. — Mais non. — Expliquez cela comme vous pourrez : vous avez fait la république! — Certainement. — Alors, que pouvez-vous faire de mieux? La garder! — Il n'y a pas à dire non ! Donc, vive la république ! — Vive la républiqtie!

Voilà l'absinthe. A ces syllabes répétées dans le lointain avec un certain, air connu des Arcachonnais présents : bliiiique, bliiiiique, on entend frémir les vitres; plusieurs se brisent. M. Thiers lui-même n'est plus sans émotion. Il entreprend de rassurer tout le monde et lui-même.

Arcachonnais, il ne faut pas avoir peur! Ce n'est rien. J'ai longtemps parcouru le monde : Eh bien! je vous assure que l'Europe elle-même n'a pas peur.

Il continue son discours accoutumé depuis le 24 mai. C'est tout, et c'est fait.

Les gens qui écoutaient M. Thiers n'étaient pas venus potir lui répondre, et ceux qui essaieront de lui répondre lui répondront en vain. Il n'a pas dit un mot auquel il n'ait été" déjà répondu, mais ces réponses sont usées et épuisées. Il se tient au fait accompli et aux raisons admises : Nous avons la république, donc gardons-la ! Nous aimons tant les gouvernements qui durent : Il n'y a désormais que la république qui puisse avoir raison de la république et de ses raisons. M. Gambetta se chargera de la besogne. S'il y

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