‹ Derniers mâelangesChapitre 185 sur 208 · M. SARCEY ENSEIGNE LA PÉDAGOGIE A MGR DUPANLOUP · texte numérisé non relu

M. SARCEY ENSEIGNE LA PÉDAGOGIE A MGR DUPANLOUP

de tradition, dans toas les établissements universitaires, de ne jamais écouter un élève q^ui vient, même sur un fait vrai, dénoncer an de ses camarades : on lui remontre, en termes indignés, l'infamie de sa conduite. On le punit même fort souvent à la place du condisciple qu'il vient d'accuser. On cherche à inculquer de bonne heure à cette jeune âme des sentiments de générosité chevaleresque, qu'elle portera plus tard dans l'exercice de la vie civile.

» Il n'y a pas dans la langue de nos écoliers un mot qui emporte avec soi une signification plus méprisante que celui de rapporteur. Rapporteur est pour nos enfants le synonyme de lâche et de traître, et il n'est personne de nous qui ne se souvienne de quelque quarantaine infligée spontanément par ses camarades à un élève qui avait eu sur ce point une défaillance. » ^

En sorte que, de l'aveu des élèves et des maîtres, si un écolier veut en gâter un autre, celui-ci, à moins de piouvoir se défendre par ses poings, devra le souffrir. Ainsi le veulent nos chevaleresques traditions d'hbnneur français et universitaire.

Cela toutefois nous paraît fort cynique dans le cas en question. Passe pour les autres ! Mais c'est à propos de ce cas que M. Sarcey étale sa vertu contre une parole de Mgr Dupanloup, aussi bon maître d'école que lui et qui ne partage pas du tout son sentiment.

Le moraliste Sarcey ne veut pas que l'enfant attaqué rapporte même à son confesseur; et si le confesseur, tenu au secret, suggère à son pénitent quelque moyen Ide se délivrer, alors M. Sarcey dénonce le confesseur lui-même et le déclare aussi abominable que son pénitent.

Or, Mgr Dupanloup a commis cette abomination. Il a conseillé la délation et fourni un moyen de la commettre plus coupable et plus hideux s'il se peut qu'elle-même.

Mgr l'évêque d'Orléans a fait imprimer, en 1862,

une méthode de catéchisme où il se pose cette question : Quand un confesseur de collège veut-il ordonner ou coyiseiller à son pénitent de découvrir au supérieur un lihertin du même collège? M. Sarcey trouve la question singulière, et il répond, que lui et ses semblables s'écrieraient « tous en chœur : Jamais! jamais! jamais! » Mgr l'évêque d'Orléans, qui est un homme sérieux, la résout autrement.

Il trouve la question grave et digne de réflexion. D'un côté, la délation est fâcheuse; en remédiant au mal, elle peut en occasionner un plus grand; l'enfant y répugne, il a peur de rapporter ; il connaît les mœurs du collège, il à petir d'être mal reçu, et que la morale particulière qui le condamne comme rapporteur ne rapporte contre lui. De l'autre côté, le péril est pressant, et le confesseur, qui ne doit point s'exposer à paraître trahir le^ secret de la confession, ne peut parler à la place du pénitent sans avoir son aVeu et s'mssurer contre un retour de faiblesse. Que faire?

M. Sarcey ne serait point embarrassé : il laisserait aller la corruption, en donnant tout au plus à l'enfant l'ordre ou le conseil probablement inutile de se défendre ou d'accuser héroïquement et publiquement les entreprises ignobles dont il est l'objet, c'est-à-dire de se faire chasser. Ce serait très beau de la part d'un garçon de dix à quinze ans, qui n'en serait pas moins noté comme rapporteur et puni par le maître, ou mis en çude quarantaine par ses condisciples.

Mais un prêtre catholique n'est pas du tout la même chose que M. Sarcey. L'expérience et la charité de Mgr Dupanloup lui font proposer un expédient. C'est que le c'ônfesseur « engage le pénitent à écrire le » fait signé de sa main, en lui promettant de ne » pas montrer sa lettre; mais de la transcrire lui- » même sans signature, et d'apporter la copie non » signée au supérieur. Le secret de la confession est » ainsi en sûreté, et l'enfant ne peut être nullement » compromis. »

Cet expédient nous semble très acceptable. 11 fait

Page 1