MM. Fournier et Lanfrey
mère de liberté absolue. Cavour prit la phrase et l'empoisonna. Nos hçnnêtes libéraux, sans soupçonner le. poison, la gardèrent par amour de la sonorité, avec ce que Cavour y avait mis. Une phrase n'est rien, mais l'amour de la sonorité peut produire de gïands maux. Enfin la maxime fut gravée sur le marbre; l'on sait la suite. Après dix ans, une persécution formelle est déclarée, et les catholiques libéraux restent la plupart indifférents.
» Cette histoire ne regarde plus Mgr Dupanloup. Le président des mystères de la Roche-en-Brenil a adhéré au concile, ce qui indique suffisamment la rétractation de son premier zèle de l'Eglise libre dans l'Etat libre. Montalembert, Cochin et Foisset, avant de mourir, se sont soumis, du moins on peut le supposer. Mais enfin il est bon de constater l'erreur et la rétractation, puisque l'erreur n'est pas morte et que la rétractation n'a pas été universelle. Il est bon de signaler ce que Terreur a produit et ce qu'elle peut produire encore.
» M. le duc de Broglie est vivant. Nos plus chères affaires lui sont confiées, et nous n'avons de lui aucun acte constatant qu'il n'appartient plus au parti très actif de l'Eglise libre dans l'Etat libre selon Cavour. On conviendra que nous sommes intéressés à marquer le point d'où il est parti pour savoir où il va et où il peut arriver. »
Nous écrivions cela le 13 janvier, sans nous douter que M. de Bismarck s'intéressait à nous, que les « complications diplomatiques » chauffaient mortellement, et qu'enfin M. de Broglie et tout le ministère terrifiés allaient nous imploser deux mois de silence, impliquant une amende de trente mille francs, pour sauver la patrie. Ce qui fut fait le 19, sans la moindre difficulté, au moyen d'un petit arrêté de M. le gouverneur de Paris, lequel n'a rien à nous reprocher et ne nous veut personnellement aucun mal.
Je jure que ce jour, j'ai sauvé la patrie !
La patrie libre, patria libéra!
Les jours suivants, pendant que Mgr l'évêque d'Orléans répandait avec magnificence ses opuscules réimprimés et augmentés, le Correspondant déclarait qu'il n'attendait que la réapparition de VUnivers pour conter l'histoire et venger le sens, méchamment méconnu, de l'inscription de La Roche-en-Brenil.
En résumé, nous avons découvert, sans l'avoir cherchée, une inscription fort incorrecte grammaticalement et théologiquement, mais intéressante au dernier point pour toute l'Eglise. Nous l'avons publiée très correctement et très exactement, et commentée avec beauicoup de mesure et d'urbanité, invitant sans doute à des explications nécessaires, mais réservant toutes les intentions et allant au-devant de tous les repentirs. C'est premièrement ce que M. Lagrange n'a pas voulu comprendre.
Il se donne pour l'historien « véridique et seul autorisé à'un fait défiguré i>dii VUnivers qui s'en sert pour élever les plus graves accusations contre M. de Montalembert et plusieurs de ses amis. » Nous avons la prétention d'avoir été beaucoup plus véridique et tout aussi autorisé que M. Lagrange dans tout ce que nous avons dit, et nous ajoutons que rien ne l'autorise et ne peut l'autoriser à parler de nous dans les termes qu'il emploie. Il est, en ce qui nous regarde, impoli, injurieux et inexact. Il nous signale comme « l'adversaire le plus notoire » de M. de Montalembert; il dit que l'inscription a été « défigurée » par le copiste, qui nous l'a transmise; il assure que nous l'avons couverte d'abord « de sarcasmes et de lazzis », et qu'au mépris « de toutes les pudeurs de l'âme, » nous en avons fait l'objet d'une « polémique haineuse ». On vient de voir ce qu'il en est. Nous écartons ces fraudes dont M. Lagrange, selon nous, ne doit pas répondre absolument. Elles sont fatigantes et n'apprennent plus rien à personne. Allons au fait.