‹ Derniers mâelangesChapitre 190 sur 208 · NOBLE ET MALHEUREUSE CRIMINELLE · texte numérisé non relu

NOBLE ET MALHEUREUSE CRIMINELLE

m'onnaie de singe. Entrez, écrivain Blaze, qui avez l'éclat de Texpression; entrez, « noble et malheureuse criminelle, » qui avez l'éclat des aventures; laites voir vios curiosités, ne cachez rien; faites voir seulement l'endroit le plus curieux. Voilà cent mille spectateurs.

Ils lont été exhibés l'un portant l'autre, hier, dans le numéro supplémentaire de dimanche. Divaguons un peu, nous finirons par nous rattraper.

On sait que M. de Villemessant inventa ce supplément dans l'intention qu'il déclare toujours de faire quelquefois quelque chose qui favorisât aussi les bonnes mœurs. Il s'agissait de fournir tous les huit jours aux chers abonnés des lectures qui les reposassent de ses piments quotidiens. En témoignage du zèle austère avec lequel il entendait faire fabriquer ce supplément, il voulait qu'on pût l'appeler le Figaro des familles, d,ût-il n'y employer que ses sacristains. Car M. de Villemjessant tient de tout. Dans son établissement, visité des princes moldovalaques et des ambassadeurs de Tunis, il a une cloche baptisée, des presses bénites et jusqu'à des sacristains. Ce fut dans le Figaro des familles qu'il essaya l'effet des petites correspondances, lesquelles maintenant paraissent aussi le jeudi.

Au premier abord, c'est singulier; mais enfin on ne contestera pas que les petites correspondances intéressent aussi la famille. Ne fournissent-elles pas mille moyens ingénieux d'en fleurir les aridités, d'en tempérer les gênes et les ennuis, d'en déjouer les surveillances, de l'ébaucher, de la débaucher, de la suppléer, de la contrefaire et de la défaire? choses d'ailleurs innocentes, puisque la police les permet.

M. de Villemessant est fort attaché à ce numéro du dimanche. Il l'orne de littératures et de vignettes, il y pratique de nouvelles cases au-dessus desquelles il inscrit des titres nouveaux. Il faut le reconnaître, M. de Villemessant est un publiciste foncièrement inventif et adroit et qui sait toujours trouver dans son

petit terrain des gîtes argentifères insoupçonnés de ses concurrents. A présent il a des contradicteurs et, comme il dit, des jaloux, mais certainement on lui rendra justice. Il se trouvera des gens, — quand ce ne serait que ses héritiers — p'our proclamer qu'il a été le premier journaliste de l'époque. Lui-même l'avoue, avec cette franchise en apparence grosse et en réalité très fine qui est le trait le plus marqué de son talent. Il n'a pas voulu taire au monde que dernièrement, se voyant malade, il ne balivernait pas aux pensées de la mort; il pensait à son cher journal, à ses chers abonnés, à ses chers actionnaires. Tout grabateux et endolori, il cherchait encore quelques moyens de leur rendre la vie plus aimable et d'enfler leurs dividendes et sa mémoire. Il rêvait pour lui (puisqu'enfin il faudra mourir )répitaphe latine trouvée à Naples : SaUavit et placuit.

Ce citoyen plut et dansa.

Il gagna gros à faire ça.

Mais ce qu'il y a de plus admirable en M. de Villemessant, c'est l'introduction dans la presse française des petites correspondances à trois francs la ligne, et sa constance indomptable à perfectionner cette âme du Figaro des familles.

Don Almar ! où êtes-v., de grâce écrivez -m. Suis en cette ville, même adresse.

Cela rapporte trois francs au publiciste et il fait, en même temps, le charme de la société. Quel honneur pour la presse, quelles aubaines! et quel soulagement — pbur celle qui cherche don Almar.

Ceci nous ramène à la « noble et malheureuse fille d'Auguste, la belle criminelle ». Mais pourquoi criminelle?

Il est malheureux que le Figaro, qui tire son histoire à cent mille exemplaires, et qui transforme ainsi

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