NOBLE ET MALHEUKEUSE CRIMINELLE
le littérateur Blaze en historien pour les familles, ne sache pas tous les détails de la cause célèbre que celui-ci a prétendu raconter. Ce fâcheux reporter a ignoré Ion omis un trait des plus avérés et des plus intéressants, capables d'attirer sur la noble et malheureuse dame le bénéfice des circonstances atténuantes que le Sénat ne voulut pas lui accorder.
Julie, fille d'Auguste, était abonnée au Figaro de son temps, rédigé par de hardis garçons qui se nommaient Horace, Ovide, Catulle, Martial et autres. Tous gens distingués et tous gens de bien, bons conservateurs, qtii se mocfuaient un peu des dieux, mais qui ne manquaient pas de religion : Horace faisait même des hymnes liturgiques. Ils pratiquaient une morale douce, un peu relâchée peut-être, mais si commode^. Augtiste les aimait beaucoup. A son avis, ils pourrissaient assez le bon peuple, mais ils lui prêchaient le bon ordre et favorisaient la politique impériale. Il trouvait bon que sa fille les lût. Pendant ce temps elle les admira et ne leur reprocha rien. A la fin, leur peu de morale lui partit de trop. Ils lui devinrent fades. Ils ne publiaient que le numéro du dimanche, elle n'y lisait que la Petite correspondance. Un jour elle s'écria : « Don Almar ! où êtes-vous ? » Elle finit par aller au guichet. De là ses malheurs. Pendant longtemps, Auguste ne se douta de rien. Les petites correspondances l'amusaient. Il se conten);ait de dire: Que mes Romains sont donc piourris ! La police avait soin de ne pas parler ; mais la jalouse Livie, qui n'ignorait pas les mystères du guichet, lui mit le pot sous le nez. Il en prit ombrage. C'était pour en perdre l'esprit, dit maître Blaze en son style châtié. Trop sévère peut-être suivant Blaze, il envoya sa fille à l'île de Pendataria, où elle regretta beaucoup son cher Figaro. Pendataria est la racine étymologique de pendarde.
Voilà l'histoire vraie. A demain les affaires.