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LE TRES REVEREND PERE COLIN

24 novembre 1875.

M. Colin, prêtre, vient de mourir. Même parmi nos lecteurs la plupart ignorent son nom. Il a été le premier supérieur général de la société de Marie, qu'il avait fondée. Né en 1790, il a vécu 85 ans dans les travaux continuels d'une grande intelligence, d'un grand cœur et d'une grande volonté, et il a laissé une famille religieuse déjà nombreuse et puissante; mais sa longue et féconde vie a été si cachée qu'on peut dire que personne en quelque sorte ne l'a vue. Il n'a rien été dans le monde; ses enfants ont connu leur père, tous n'ont pas connu l'homme. Dans l'Eglise officielle, il n'a occupé qu'un humble poste d'ouvrier. Il a été vicaire d'un village et supérieur pendant trois ans d'un petit séminaire. Il trouvait que cette dernière dignité était encore trop pour lui. Sans en méconnaître l'importance, il n'y restait que pour obéir à son évêque, c'est-à-dire à Dieu. Dieu l'appelait à être instituteur d'apôtres et à tenir école de martyrs. Cependant il patientait, comprenant qu'avant d'enseigner il devait étudier cette immense et sublime profession du sacrifice, seul objet de son ambition. Dieu le conduisit pour donner à son âme la trempe dont elle avait besoin.

La tourmente révolutionnaire avait secoué son berceau et lui avait fait sentir qu'il était de la race choisie,

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c'est-à-dire de celle qui doit souffrir. De 1790 à 1800, le temps fut dur pour les familles qui croyaient en Dieu. Il vit ses parents emprisonnés, l'Eglise persécutée et presque détruite. De concert avec un frère un peu plus âgé que lui, il fit dès lors le vœu d'être prê- Ire et bientôt le vœu de faire quelque chose encore piour soulager les maux sans nombre qui affligeaient le peuple chrétien. Les maîtres du monde avaient décidé que l'Eglise disparaîtrait! Dieu parfois leur laisse ces espérances. En 1816, M. Colin fut 'ordonné prêtre, malgré un état de souffrance qui faisait craindre po'ur sa vie. Il devint vicaire de son frèr^aîné, déjà curé.

Les deux frères s'aimaient tendrement, et l'aîné, l'abbé Pierre, était en réalité le disciple du plus jeune. Ils commencèrent à donner une forme à ce projet de faire quelque chose, déjà rêvé si longtemps. Il s'agissait d'établir une Société de Marie, pour faire aimer davantage la Reine du Ciel et conduire les âmes à Dieu par sa médiation. Que d'autres projets étaient formés alors pour reconstituer la France en dehors de la Vierge Marie, et sans elle ou contre elle! Mais ces deux pauvres prêtres de village se disaient tout simplement que le péril de la France était une hérésie, et que pour vaincre une hérésie Marie seule est assez forte. Ils avaient autour d'eux quelques prêtres, pauvres et inconnus comme eux, qui croyaient aussi cela. Pour le moment, c'était assez. L'abbé Colin traça les premiers linéaments de la règle qu'il comptait donner à ses futurs associés. Quand l'œuvre se trouva prête, telle qu'elle pouvait être réalisée, il la soumit au Pape. C'était Pie VII, l'ancien prisonnier de Fontainebleau. Pie VII donna un rescrit favorable, et quelques années après, en 1825, le vicaire et son curé, avec quelques initiés, ise rendirent à Belley, pour en faire Un centre de missions dans les pauvres campagnes.

La presse de Paris a beaucoup déclamé conti'e les missions. Quel mal lui faisaient-elles? Dans le pays, on les bénissait et on se convertissait. Le bruit passa, les conversions restèrent. Belley se souvient des mis-

si'onnaires qui menaient une vie vraiment apostolique. L'encre de Paris n'a pu couvrir tant de zèle et de vertus. M. Colin était le chef et l'exemple de ses confrères. Peut-être fut-il alors signalé au mépris du monde par M. Cauchois-Lemaire, ou par quelque autre. Son histoire n'en parle pas.

Ce fut dans la ma,uvaise période de 1830 que Mgr Dévie, évêque de Belley, lui donna son petit séminaire. L'esprit de 1830 y soufflait et en trois ans fit blanchir ses cheveux, mais il n'abandonnait pas son dessein. Enfin il devint libre et put se livrer entièrement au travail pour lequel il avait vécu. Il put revoir ses constitutions. En 1836 il reçut une première approbation du Pape Grégoire XVI, qui voulut en même temps confier à la société naissante les difficiles mis sions de l'Océanie. Le 24 décembre 1836 les premiers Maristes, au nombre de 21 ,firent leurs vœux dans la chapelle de Belley. Le T. R. P. Colin fut élu cano=" niquement supérieur général. Son frère aîné et ancien curé, le P. Pierre Colin, l'avait suivi. Avant la fin de l'année les missionnaires maristes partirent pour l'Océanie. Parmi eux était le R. P. Bataillon, aujourd'hui évêque d'Enos, apôtre de Wallis, et le R. P. Chanel, apôtre de Futuna, martyr. Aujourd'hui la société compte 600 membres, elle a 4 évêques, 5 missions, 9 collèges, 5 séminaires, 25 résidences.

Le R. P. Colin en conserva le gouvernement jusqu'en 1854. Tout reposait sur lui, il suffit à tout, aux fondations, à la direction, aux inquiétudes et à la douleur. Cet homme si fort succombait aux alarmes que lui inspirait leisiort de ses missionnaires. Mais ce qui le préoccupait davantage, c'est que l'exercice d'une charge si laborieuse l'empêchait de mettre la dernière main à la règle, soin que la congrégation lui avait imposé. Une règle définitive était le véritable supérieur qu'il voulait laisser à sa compagnie. Tout succès et toute prospérité n'étaient rien à ses yeux tant que cet élément de vie manquait. En 1854 il plit se démettre et vaquer à cette suprême et redoutable fonction de lé-

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