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ON CHERCHE LES RIEURS, ET MOI JE LES ÉVITE

en apparence bien simple, mais quelle complication de toutes les conquêtes de 89 dans cette simplicité! Je vous dis que c'est un homme de génie! La presse, le gouvernement, les lois, les mœurs, les inventions si nombreuses, l'ancienne humanité et l'humanité affranchie, tout était nécessaire à la conception de ses gluaux et à leur bon marché de trois francs. Qui voudrait en écrire la genèse ne finirait jamais. Il a tout employé. L'œuvre n'aurait pu être créée ni vulgarisée avant lui ni par un autre que lui. Il a fallu que cent ans de révolutions y préparassent le monde, et l'on dirait qu'elles se sont faites uniquement pour cette œuvre et pour cette mouche qui fait travailler l'araignée. Mais cette mouche est un géant, et cette araignée se nomme aussi la civilisation moderne. Avant lui, il y avait encore trop de vieille pudeur et pas assez de pigeons. Pour se prendre aux gluaux qu'il devait fabriquer, il fallait des pigeons qu'il eût élevés. Il a donné ses soins aux pigeons d'abord, il s'est ensuite occupé des gluaux. Lui-même était nécessaire à lui-même, et nous osons dire que lui-même ne savait pas tout ce qu'il pourrait essayer. Que de batailles, que de sang versé, que de bouteilles d'encre épuisées, que d'aventures, que de labeurs et d'essais des papetiers, des mécaniciens, des l'égislateurs, des hommes d'Etat, que de logique pour aboutir à lui ! quel changement dans les mœurs et dans tout pour lui fournir ses trois francs! Beaumarchais n'a été que son précurseur, M. Thiers qUe son ouvrier, M. Gambetta que sa couverture : Tantœ molis erat...

Tant a coûté de peine Ce long enfantement de la gloire foraine.

Enfin, son heure a sonné, et il est venu à son heure, proposant ses gluaux, et le pigeon ne paye que trois francs le plaisir de se faire prendre. Or, il y a, tant de pigeons!... Toute la France, grâce à lui, n'est qu'un vaste pigeonnier.

Il est vainqueur, l'homme puissant! Il décourage ce qui reste de récalcitrants dans le monde. La morale est en pleine déroute. Il lui a porté le dernier coup en poussant la bénignité jusqu'à lui offrir provisoirement le voile troué de la cryptographie.

Et la police vaincue continue de ne rien dire; et nous aussi nous prévoyons que nous serons vaincus.

Cette police qui s'obstine à ne pas l'effrayer nous effraye. Qui sait par quel mystère l'autorité le tolère, et en le tolérant le protège? Tout nous conseille la prudence devant ce secret d'Etat inconnu et visible. Nous sentons bien que nous finirons par avoir peur de recevoir le harpon qui ne l'atteint jamais.

Inquiétant Figaro, négociant agile et muet, capable d'inventer aussi le silence cher aux pigeons!

Mais, enfin tout cela n'est pas pour attirer beaucoup de considération sur le Figaro et gâte un peu la profession de journaliste déjà suspecte à beaucoup de gens.

Là-dessus, M. l'ancien cavalier Saint-Genest se fait complètement illusion. Ce ci-devant homme de guerre, aujourd'hui tombé en plume, paraît s'être mis dans la tête qu'il amènera tout le monde au programme politique de Figaro, C'est son dada, et il explique à profusion comment chacun voudrait remplir ce devoir si tous les journaux, VUnivers compris, n'étaient animés du plus détestable esprit de concurrence contre ce pauvre Figaro. Il appelle cela le dessous des cartes. Bizarres idées d'un vieux brave! Féru du désir de donner un bal chez sa vivandière et voyant les dames du quartier refuser l'invitation, il s'écrie : « Elles sont jalouses! » Affreux innocent, mais qu'on ne peut haïr!

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