‹ Derniers mâelangesChapitre 2 sur 208 · LA FORTUNE MILITAIRE S · texte numérisé non relu

LA FORTUNE MILITAIRE S

être espérée, et setile ne vint pas! Captivité de Metz, captivité d'Allemagne, captivité judiciaire, la plus horrible de toutes. A Trianon, sous les excès des actes d,*accusation publiés par toute la terre, qu'il dut re-. gretter jMilianah ! Et enfin la dégradation et la captivité perpétuelle, et la perspective, par grâce, d'avoir peutêtre vingt ans à mourir. Tel fut l'aboutissement d'une fortune bien gagnée !

Assurément cet exemple est à mettre dans les traités de philosophie, et les radicaux d'Antibes, que ne menace point la fortune de Bazaine, auraient pu se dispenser de jeter leurs cris de bêtes sauvages sur le cercueil de ce mort vivant.

Je n'ai ni le droit ni la volonté de reviser lo procès du maréchal Bazaine. La montagne tombe, l'homme est écrasé. D'ignobles clameurs peuvent irriter la conscience humaine, elles ne sauraient coucher par terre un honneur que la loi meurtrière a laissé debout. Le soldat accusé de conspiration et de trahison dans les désastres de la patrie, est lavé de cette honte par les juges mêmes qui ont tué son grade. C'est pourquoi, sans doute, Bazaine peut supporter la vie. L'honneur étant sauf, le jugement qui l'a frappé n'est plus qu'un accident rare et terrible de son périlleux métier.

Sans qu'on lui impute aucune forfaiture politique ou militaire, le maréchal de France est tué par un article de loi que sa situation et même sa conscience no lui permettaient pas d'éviter. Quoique j'admire très fort le talent et le zèle de M. Lachaud, à mon humble avis, il ne s'est pas placé au véritable point de vue de la caUse. La loi voulait que le maréchal livrât une dernière bataille. En se battant, il sauvait l'honneur légal, mais il perdait la vie de quarante mille hommes pour la seule gloire de son nom, et la France, épuisée de tout, ne conservera même pas l'apparence d'une armée. 11 était général en chef pour prendre une résolution plus héroïque et plus redoutable à lui-même que celle de se battre et de périr : il a capitulé parce que c'était la seule victoire qui ne lui fût pas impossible.

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Il a pris cette responsabilité pire que la mort, de réfugier sous le drapeau ennemi les derniers soldats qui restaient à la France. La loi n'admet pas ces résolutions extrêmes, elle les condamne; elle a raison. Mais Un homme de bon sens et de bon cœur, qui a le choix de se sauver ou de sauver quarante mille hommes, prend son parti : il garde à la nation, aux dépens de sa tête et de ses drapeaux, une armée qui la fera revivre.

On aurait pu fusiller Bazaine pour n'avoir pas fait tout ce que demande l'honneur et le devoir suivant la loi; il aurait fallu le fusiller l'épée au côté, et lui donner une tombe glorieuse pour avoir fait, dans une situation inouïe, tout ce que demandaient la prudence et la suprême responsabilité du chef et du citoyen devant le Dieu des justices au profit de rimmortelle patrie.

C'est ce qui aurait pu se faire dans un autre temps et œ que l'avenir pourra voir. Mais l'époque présente fest sans grandeur; elle veut que la loi s'exécute servilement. On a de misérables ruses pour la mitiger, on l'use par le ridicule quand la conscience ne permet pas de lui obéir. L'avenir comprendra difficilement que Bazaine ait été dégradé, gracié, déclaré à la fois coupable et innocent, digne de mort et digne d'excuse, et finalement traîné à des g-émonies que l'on continue en les désavouant. On s'explique mieux qu'il reste impassible au milieu de ce chaos, le plus tranquille des témoins de sa ruine et de sa mort et en apparence le plus indifférent. Personnellement, il a donné quelques explications, fait entendre quelques protestations nécessaires et n'a accusé personne. Il a noblement voulu ignorer de combien de fautes person-. nelles se compose une bataille perdue. La bataille est perdue, que lui importe ce que dévorera le vautour! On peut dire qu'il n'a point d'âme; que lui importe encore? Il regarde les tendresses hautes et les fidélités sacrées qui l'environnent : sa noble épouse, son jeune enfant, son vieil ami. Le monde contemporain

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