MORT ET RESURRECTION DE M. DE BROGLIE
10 janvier 1874.
Toute réflexion faite, nous ne pouvons pleurer M. le duc de Broglie (1). On l'a poussé, peut-être sans le vouloir, mais il tombe à la vérité par lui-même, faute de poids. Ce qui suffit pour s'élever ne su'ffit pas pour se soutenir et se maintenir. Le vent cesse, le vent tourne, le point d'appui manque, adieu! L'ascension fut prompte, le chute est soudaine. Ce n'est pas une chose trop singulière que cette descente inopinée. Le fait est susceptible de tant d'explications qu'il est superflu d'en choisir une. L'Assemblée nationale est un lieu hanté des vents, où les hommes, par surcroît, perdent beaucoup de leur petite solidité naturelle. Cela produit le nombre et la rapidité des fortunes, mais aussi leur brièveté. On s'en va, on revient pour s'en aller encore. La même dextérité qui profite du vent favorable, fait que quelques-uns parviennent à se rattraper malgré le vent contraire. M. le duc de Broglie s'est exercé à cette gymnastique; il est né pour y
1. Le 10 janvier, le duc de Broglie, irrité de rajournement de la loi sur les maires, avait remis sa démission au maréchal. Celui-ci avait réservé sa réponse. Interpellé le 13 par M. Audren de Kerdrel, le président du conseil obtint un vote de confiance et resta.