LES LETTRES DES PRINCES D'ORLÉANS
dire. Les malheureux princes sont véritablement entourés de difficultés.
Quand ceux-ci votaient, a-t-on pu voir assez de choses dans leur oui ou dans leur non? Et lorsqu'ils ne disaient ni oui ni non, c'était bien pire. Les voilà toujours tirés de cet ennui.
Mgr le duc d'Aumale termine cependant sa lettre par un Je sers qui paraît un peu gros, et peut-être imprudent. Je sers était la devise un peu altière de M. de Persigny. — Qui et quoi servez-vous, monseigneur, s'il vous plaît? Nous avons entendu autrefois, il n'y a pas encore bien longtemps, un autre prince, député sous une autre république, dire : « Si la France m'impose des devoirs, je saurai les remplir. » Cela répondait à peu près au je sers qui vient de nous être servi. On fit mille questions. — Quelle France? Quels services? Mais impossible d'obtenir un mot de plus, si ce n'est : religion, famille, proxjriété, jusqu'aux approches d'un autre décembre, où l'on ajouta : L'empire, c'est la paix; et il se fit un long silence, mêlé par intervalle d'un lointain petit bruit de canon, pendant lequel on prépara lentement l'intermède de Sedan; après quoi, la série républicaine recommença. Mais à quoi bon rappeler ces vieilles histoires? On aura bien le temps de les revoir! elles recommencent d'ellesmêmes.
Au début de cette série, toujours prompte à recommencer, moins prompte à finir, le 5 septembre, nous rencontrâmes dans la rue un membre du nouveau gouvernement provisoire qui allait prendre un bain. C'était M. Pelletan. Il nous dit atissi : Je sers ! Car ils servent tous. M. de Bismarck était à Ferrières et M. Favre, autre serviteur, se préparait à l'aller trouver. Néanmoins M. Pelletan paraissait assez content de servir. Je lui demandai : Que fera votre république? Pouvez-vous en douter, me dit-il : religion, famille, propriété et paix! Ces Ninons donnent le même programme à tous les La Châtres conservateurs. Le bon billet qu'ils ont là! Mais qu'est-ce que cela leur fait et qu'est-ce que cela nous apprend?
Si l'on voulait chercher, l'éternel programme se retrouverait au fond des lettres des princes d'Orléans. Il y est à coup sûr pour ceux qu'il accommode, il n'y est pas pour ceux qu'il n'accommode pas. Mais enfin l'on ne peut nier que leurs lettres ne soient décentes et que ce n'est pas d'aujourd'hui que les princes s'en vont. Si nous ne craignions que ce mof parût un paradoxe, nous dirions qu'avant de revenir, ceuxci étaient déjà partis. Ils sont nés absents.
Il y a des gens qui les disent sans ambition. C'est peut-être vrai. Ils n'ont pas l'ambition de vivre. Cette noble passion est passée à M. Naquet, qui la gâte. J'oserais proposer à ces princes sans ambition une autre devise pour leur dynastie : Je me sers !