LA LOI SUR LA PRESSE
30 décembre 1875.
On s'est donné un peu chaud pour faire vite une loi sur la presse. Il ne semble pas que ce qui a été fait soit grandement digne de mémoire. La presse n'y perdra pas un coup de dents, le pouvoir pas un coup de corne. L'assommoir n'est supprimé ni d'un côté ni de l'autre. Quand le moment vient, l'assommoir se trouve toujours, eût- il disparu. On jouera longtemps encore à faire quelques-unes de ces lois indispensables et inutiles.
Pour le moment, en présence et du consentement de la loi, on peut dire quel journal conserve le privilège d'insulter Dieu, quel autre d'insulter le bon sens, quel autre les bonnes mœUrs. Tous n'ont besoin que de fort peu de prudence pour insulter tout.
Plus haut, tin de nos collaborateurs exprime le regret qu'aucun député conservateur, d'aucun côté de la Chambre, n'ait paru avoir la pensée d'obliger la loi à protéger un peu la religion, plus attaquée à elle seule que tout le reste. Il oublie qu'une pensée de ce genre ne vient jamais à la veille d'une élection générale. Ce sont des choses qu'on réserve pour les électeurs dans les moments pressés.
1. La loi sur la presse proposée par M. Buffet et que l'Assemblée nationale venait d'expédier.
Nous pourrions remarquer qu'au milieu des privilèges ci-dessus indiqués VTJyiivers conserve, d'un commun accord, celui d'être suspendu ou condamné, à peu près autant qUe n'importe qui le demandera. Mais bornons-nous à profiter de l'occasion pour remercier quiconque, français ou étranger, a la bonté de ne pas porter plainte contre nous.