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II. — M. LAGRANGE ANNONCE QU'iL RÉPONDRA

27 avril 1874. ,

Nous offrons à nos lecteurs une nouvelle lettre de M. Fabbé Lagrange (1). Il nous est permis de croire qu'elle a été, comme l'autre, écrite par la publicité:

A Monsieur' Louis Yeiiillot, rédacteur en chef de /'Univers.

Rome, palais Borghèse,

23 avril 1874.

Monsieur,

Quelqu'un, ici, m'apporte un numéro de VTJyiivers, vieux déjà de dix jours, et m'y montre cinq longues colonnes, signées Louis Veuillot, en réponse aux quelques pages publiées par moi dans le Correspondant. J'ai lu cela, monsieur, et j'en ai été humilié, pour vous, pour votre honneur d'écrivain catholique. Je cherchais là des raisons sérieuses, il en vaut la peine ; et je n'y ai vu que des bouffonneries méprisables. Vous me faites la partie trop belle, et je ne m'attendais point à vous voir descendre si bas. Je ne crois pas que vous ^désiriez ma réponse autant que vous le dites. En tout cas, que vos lecteurs Veuillent bien avoir quelque peu patience, et pour eux aussi la lumière sera faite. Jusqu'à présent, elle ne l'est pas.

Veuillez agréer, monsieur, tous mes hommages.

L'abbé F. Lagrange, Vicaire général d'Orléans.

1. Une première lettre avait été envoyée, quelques jours avant, de Mâcon, en chemin pour Rome.

Nous persistons à croire que M. l'abbé L'agrange a tort d'écrire en wagon ou entre deux wagons. Le voyage l'agite trop. Dans ce beau palais Borghèse si plein de merveilles calmantes, à deux pas de V Amour sacré et V Amour profajie de Titien et de la Déposition de Raphaël, comment peut-il perdre son temps à imiter un style épistolaire qui n'est ni profane, ni sacré, ni le ,sien! Eliacin est pris subitement d'un goût passionné pour la trompette guerrière. Tels sont les effets singuliers et terribles de l'agitation.

Si l'on pouvait raisonner contre M. L'agrange en voyage, nous le prierions de remarquer combien cette agitation lui nuit. Elle lui communique un style tempétueux, où il ;perd tout à fait le pas posé des chanoines titulaires et dit des choses qui risquent de ne point paraître congrues.

Enfin; M. l'abbé L'agrange annonce qu'il répondra. Nous aurions aussi bien attendu sa réponse sans tous ces ouragans, qui ne dénotent pas une âme bien rassise. Rien ne le forçait de nous écrire de Rome, puisqu'il nous avait solennellement déclaré, dans sa lettre de Mâcon, non oubliée du monde, qu'il allait dans un lieu où VUnivers ne le suivrait pas. Nous pensions que la route de Rome nous était libre, et voilà qu'il nous avait devancés. Nous accuse-t-il de l'avoir poussé là?

Il est charmant, nous sommes forcés de le redire.

in. — M. LAGRANGE RÉPOND.

25 mai 1874.

M. l'abbé Lagrange nous adresse la lettre qu'il nous avait pompeusement annoncée de Rome, sur le texte et la doctrine de la Roche-en-Brenil, où il se flatte

d'être spécial et « seul autorisé ». Il est audacieusement long et impoli. Nous l'accueillons néanmoins, après lui avoir imposé guinze jours d'antichambre, à dessein de renouveler en lui l'esprit d'humilité. Depuis qu'il a été reçu au château de la Roche en-Brenil et au palais Borghèse, à la suite de quelqu'un, ce littérateur ne s'estime plus comme il doit et semble se croire quelqu'autre. Ce n'est plus Eliacin, c'est Aman le Superbe. Sans lui retirer le faste emprunté de sa robe et de ses aigrettes, nous l'envoyons panader du côté des nouvelles diverses. C'est là que son importance l'appelle et que son ton nous force de le retenir. Il a eu l'idée d'en appeler à notre loyauté. Notre loyauté aurait parfaitement le droit d'écarter son incompétence inconvenanle. Nous l'écoutons pour jouir de son talent et du bénéfice qu'il apporte à sa cause.

A travers les redites et les confusions de cette nouvelle apologie, deux observations paraissent utiles pour aider la mémoire du lecteur. La première regarde le texte de l'inscription, la seconde le sens.

Lé texte est celui que M. Lagrange a donné luimême et sur lequel il a raisonné. Il objecte nouvellement qu'il l'a donné d'après nous et que nous l'avons falsifié. Nous avons mis instaurare, qui est un barbarisme, tandis que le texte, selon M. Lagrange, porte instaurarunt. Nous aurions donc fabriqué le barbarisme pour l'imputer méchamment aux écrivains lapidaires de La Roche-en-Brenil, de même que nous avons méchamment traduit sacellum par chapelle, au lieu de traduire, comme M. Lagrange, par modeste oratoire (malgré le toit). Ce trait serait noir, et même serait niais, vu la facilité des vérifications. Ajoutons que M. Lagrange, en s'y laissant prendre, a manqué déplorablement de prudence et de respect. Il a osé croire à la possibilité du barbarisme, et son erreur a compromis du même coup six homimes qu'il admire, dont cinq académiciens.

Mais enfin, y a-t-il instaurare ou instaurarunt ? Nous savons seule^nent que nous avons fidèlement reproduit

l'inscription qu'un bon garant nous a dit fidèlement copiée. Là où l'amour de M. Lagrange a pu croire, pourquoi notre indifférence aurait-elle douté? Après une observation discrète sur le latin de Burgondie, nous nous sommes personnellement abstenu de toute remarque. Le barbarisme n'était pas ce qui nous importait.

Cependant les cris tardifs de M. Lagrange nous ont fait désirer des informations nouvelles. L'inscription revue dit-elle encore instaurare, a-t-elle dit toujours instaurarunt ? Mais cette vérification devient difficile; les portes sont fermées. M. Lagrange a été plus heureux. Violant les pudeurs de l'àme, il a pu lire instaurarunt. Nous lui déférons le serment. Lorsqu'il aura juré, nous déchargerons bien volontiers de ce malheureux barbarisme ou la mémoire de M'. Foisset, qu'il a dénoncé, ou celle de M. de Montalembert désigné comme auteur par M', l'abbé Besson, violateur des pudeurs de l'âme avant M. Lagrange et avant nous.

Cela dit, il reste que quelque chose a été instauré le jour où Mgr l'évêque d'Orléans a distribué le panem verhi aux co-militants de l'Eglise libre dans l'Etat libre qui, sous sa présidence, ornaient le modeste oratoire de la Roche-en-Brenil, jadis trop ouvert, maintenant trop fermé. Qu'est-ce qui a été instauré, avec ou sans barbarisme? M. Lagrange répond : Rien du tout. L'inscription dit le contraire, mais il ne s'agit que de traduire. Il faut une traduction particulière à ce latin particulier. Il la donne, un peu délayée. Félix Aurelianensis episcopus panem verhi tribuitj signifie simplement que l'évêque n'a pas fait de discours. Pusillo gregi qui pro Ecclesia libéra in patria libéra commilitare jam dudum soliti, etc., signifie que les six ont instauré le pacte de combattre toujours « pour la liberté de l'Eglise et celle de la nation. » C'est très bien. Foin de l'Eglise libre dans l'Etat libre! Malheureusement, il y a la traduction de M. de Montalembert :

INSCRIPTION DE LA EOCHE-EN-BRENIL 79

« L'Eglise libre au sein d'un Etat libre, voilà pour moi Vidéal. J'ajoute que dans la société moderne V Eglise ne peut être libre que là où tout le monde Vest. A mes yeux c'est un grand hien et un grand progrès ».

M. Lagrange cite beaucoup M. de Montalemb'ert, mais il omet ce passage, qui s'ajuste si parfaitement à la question, ainsi que tous ceux qu'a produits M. Jules Morel.

Si, maintenant, il avoue que M. de Montalembert n'entendait pas bien son « Eglise libre », et que son latin plus ou moins barbare a exprimé le contraire de sa pensée, c'est ce que nous voulons croire. En ce sens nous applaudissons aux efforts de M. L-agrange pour excuser l'inscription, et nous les avons devancés. Le sens vrai est détestable, avons-nous dit; espérons qu'il y a un sens accommodatif qui réduit tout à l'état de fadaise pure. A travers ses éclats de voix, M. l'abbé L'agrange ne laisse pas de prendre cette porte. Réduisant l'inscription au non-sens, il lui fait une sorte d'innocence. C'est ce qu'on appelle sauver l'honneur. Il pouvait arriver au même résultat sans multiplier les injures, les prosopopées, les exhortations, les objurgations, les adjurations et tous les mouvements d'éloq;uence qui engagent l'adversaire à s'en remettre aux juges et les juges à renouveler leur abonnement. Nous touchons ici la vraie douleur de M. Lîagrange et de ses clients. Elle est immense, et elle s'exprime par des accents si désolfés que nous n'avons le courage ni de la supprimer, ni de la combattre. Que nos lecteurs lisent cet éloquent baragouin, et si leur pitié veut consoler M. Lagrange, ils pourront laisser VUnivers et prendre le petit Français.

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